« 2019, un Collège de France pour tous »

Message aux auditeurs du Collège de France

« Chers amis du Collège de France, il s’agit d’abord de vous remercier pour votre assiduité à suivre nos cours et les activités qui y sont associées. Vous trouvez chez nous un enseignement libre d’accès, sans inscription et sans conditions de diplôme. Un enseignement renouvelé en permanence pour prendre en compte, dans toutes les disciplines enseignées, les derniers résultats des recherches. Par ces multiples aspects, le Collège de France est une institution unique au monde.

Chaque année, ce sont quelques centaines de milliers d’entre vous qui viennent suivre les cours dans nos amphithéâtres, et plusieurs millions d’internautes qui téléchargent les cours, conférences et colloques. Ceci démontre que des leçons de très haut niveau et d’intérêt pour les chercheurs spécialisés, peuvent être rendues accessibles aux auditeurs plus novices. C’est ce qui fait à la fois le charme et la difficulté de nos enseignements.

Cette mission d’enseignement et de diffusion des savoirs, assumée de façon transparente par des locuteurs identifiés, a toujours été utile. Elle est devenue aujourd’hui indispensable dans un système de réseaux de communication qui fait la part belle aux informations fausses ou approximatives, aux assertions péremptoires, pour ne rien dire des propos tout simplement mensongers ou diffamatoires, le plus souvent sous couvert d’anonymat.

Notre action se situe donc dans un contexte de défense des activités intellectuelles rigoureuses et des approches rationnelles, ce qui n’exclue nullement les débats contradictoires. Parce que notre enseignement est ouvert à tous, sans discrimination d’aucune sorte, il joue son rôle dans l’exercice de la démocratie.

Cela nous impose de continuer d’accueillir les auditeurs, d’améliorer notre outil de diffusion des savoirs et d’augmenter encore la quantité et la qualité des contenus. A cette fin, nous allons entreprendre une rénovation de certains amphithéâtres pour les mettre aux normes de sécurité et d’accessibilité nécessaires à l’accueil de tous et faire évoluer notre site de diffusion en mettant en place un portail des savoirs qui sera séparé du site institutionnel et dont l’accès sera simplifié.

Dans ce contexte, nous avons déposé une demande d’aide auprès de nos tutelles et nous sommes pleins d’espoir. Mais il va sans dire que si certains d’entre vous souhaitent soutenir ces opérations, ils peuvent le faire par le canal de la Fondation du Collège de France. Indépendamment du montant du don, le geste sera apprécié comme un signe d’appréciation de notre travail au service du public. Dans ce cadre, celui d’un service public, nous étudions la possibilité de mise en place d’actions spécifiques à l’adresse des jeunes de l’enseignement secondaire et de la première année d’université.

Un enseignement au plus près de la recherche, tel qu’il est pratiqué au Collège de France, doit s’appuyer sur une recherche d’excellence. En ce, nous dépendons de la qualité de la recherche française puisque nous recrutons, très majoritairement, les professeurs dans des institutions françaises où ils ont accompli, au moment de leur élection, une partie importante de leur carrière. Qui plus est, même après leur élection, les professeurs et leurs équipes sont financés par les mêmes canaux que leurs collègues des autres établissements.

Dans la division du travail qui s’installe aujourd’hui dans le domaine de la recherche scientifique au niveau mondial, la France joue encore un rôle éminent mais, au fil des 20 dernières années, le financement de sa recherche est progressivement devenu par trop inférieur à ce qui est aujourd’hui la norme dans des pays de niveau économique comparable. Pour illustrer, par rapport au produit intérieur brut, l’Allemagne investit chaque année 4 milliards de plus dans la recherche académique. On ne rattrapera pas d’un coup ce retard, mais il est grand temps de changer de cap et de mettre en place un plan d’investissement pluriannuel qui permette d’inverser la courbe et de faire cesser cette dérive avant qu’elle n’atteigne un point de non-retour.

Un tel plan devrait faire place à l’embauche de jeunes chercheurs et enseignants-chercheurs, à une augmentation graduelle des fonds distribués par l’agence nationale pour la recherche et assurer, en parallèle, un financement récurrent et stable des équipes afin de donner leur chance à des recherches de longue durée, souvent risquées, mais qui seules peuvent ouvrir sur des découvertes véritablement significatives.

C’est sur la base de telles découvertes, faites par eux dans les laboratoires de toutes les institutions de recherche, majoritairement en France, que sont recrutés nos professeurs. C’est la raison pour laquelle le Collège de France et ses enseignements ne sauraient exister sans une recherche de grande qualité au niveau national.

Il nous appartient aujourd’hui de nous mobiliser pour défendre cette recherche, même si notre voix n’est pas la plus audible, mais cela ne date hélas pas d’hier.

A tous, je souhaite une bonne année. »

 

Alain Prochiantz, Administrateur du Collège de France et titulaire de la Chaire « Processus morphogénétiques »