Lydie Moudileno

Il y a des siècles, la littérature dite coloniale se chargeait de véhiculer certaines images de l’Afrique, redoublant ainsi le travail de l’école, de la presse, des musées et expositions de tous genres destinés à représenter le continent noir auprès du public français. Si l’Afrique reste mystérieuse ou « fantôme » pour beaucoup, plusieurs générations d’auteurs en ont désormais changé la représentation dans des fictions puissantes, engagées, inoubliables. Comment penser la diversité et la singularité du continent à partir de ces fictions contemporaines venues de France, de Belgique, du Sénégal, du Congo, d’Afrique du Sud, et parfois des Antilles ? La littérature a eu sa part, non négligeable, dans l’élaboration d’une « idée de l’Afrique » que le philosophe Valentin Mudimbe a magistralement exposée dans ses travaux des années quatre-vingt-dix, à la suite de l’Orientalisme d’Edward Said. Si la littérature a participé à cette « invention », dans quelle mesure peut-elle aussi contribuer à la défaire ? Comment la littérature contribue-t-elle aujourd’hui à la production de savoirs et d’autres « vérités » sur l’Afrique ?