Traverser les frontières

Chronique d'un assassinat

Chronique d'un assassinat

Chronique d’un assassinat

Comment un événement historique est transposé dans différents médiums artistiques : fiction, documentaire, expositions, pièces de théâtre

Le Dernier jour d’Yitzhak Rabin (2015), extraits

« Quand Rabin a été assassiné, le 4 novembre 1995, j’ai senti qu’une page de l’histoire israélienne moderne avait été tournée. J’ai toujours trouvé que cet endroit du monde est… comme un volcan. À l’échelle de la planète, ce n’est pas le conflit le plus important : au cours des deux dernières années, il y a eu plus de morts en Syrie qu’en cent ans de conflit israélo-palestinien. Mais il a une très grande force symbolique pour différentes raisons. D’abord c’est vraiment une collision entre une société occidentalisée et l’Orient. Ce petit territoire est aussi le lieu de naissance des trois religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islam. Ensemble, ces trois religions diffusent une imagerie très forte sur toute la planète, alors que la distance entre la mer et le Jourdain n’atteint même pas cent kilomètres ! Donc ce petit territoire a une très forte valeur symbolique. »

Dans ce contexte, le problème de l’artiste, du cinéaste, de l’écrivain est de savoir quoi faire quand on vit près d’un volcan. Quelle forme artistique peut-on proposer ? Quelle est la bonne distance ? Cela signifie que puisqu’on est au milieu d’une situation très dramatique, une sorte de feuilleton ininterrompu, il faut imposer une perspective, et ce n’est pas facile. Donc il y a quelques années, nous avons décidé de faire ce projet sur l’assassinat de Rabin comme une sorte de geste de mémoire et même avec l’espoir que parfois, lorsqu’on ressuscite la mémoire, cela peut faire bouger les choses. Mais nous devons rester modestes : l’art n’est pas le moyen le plus efficace de changer la réalité. La politique ou les mitraillettes ont un effet beaucoup plus direct. Mais parfois l’art agit à retardement en conservant la mémoire, cette mémoire que le pouvoir voudrait effacer car il appelle à l’obéissance et ne veut pas être dérangé, il ne veut pas de dissidence. Si les artistes restent fidèles à leur vérité intérieure, ils produisent un travail qui voyage dans le temps, même s’il n’a pas un impact immédiat. J’espère que c’est ce que nous faisons avec cette présentation multiforme, un film, des expositions et une pièce de théâtre autour de l’assassinat d’Yitzhak Rabin.

Le Dernier jour d’Yitzhak Rabin (2015)

4 novembre 1995. Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, l’homme des accords d’Oslo et Prix Nobel de la paix, est assassiné sur la place des Rois d’Israël à Tel Aviv après un long discours contre la violence et pour la paix. Son assassin est un étudiant juif religieux d’extrême droite. Vingt ans après, Amos Gitaï revient sur cet événement traumatisant. Replaçant l’assassinat dans son contexte politique et sociétal, le film mêle reconstitutions et images d’archives.