Épisode 10 : « Épilogue provisoire »

La question de la judéité de Proust a intrigué ou même captivé ses lecteurs jeunes sionistes dans les années 1920, collaborateurs de Menorah, La Revue juive et Palestine, ainsi que quelques compagnons de route juifs et non juifs, et au moins un « juif d’Action française ». Chacun, dans la communauté juive et hors d’elle, investit À la recherche du temps perdu de sa propre conception du judaïsme ou de la judéité, lit le roman, perçoit ses personnages juifs, Swann, la famille d’Albert Bloch, Rachel, au prisme de son jugement sur l’émancipation et l’assimilation des juifs de France. Malgré les ultima verba de l’écrivain, laissant entendre que le sens des coutumes ancestrales avait pu se perdre dans la famille Weil dès la génération de son grand-père, Nathé Weil, les plus engagés mettent tous l’accent sur le retour de Swann, en apparence aussi parfaitement assimilé que son créateur, vers le peuple juif quand celui-ci se trouva menacé durant l’affaire Dreyfus, et ils insistent sur son admirable endurance face à la maladie : « Swann appartenait à cette forte race juive, à l’énergie vitale, à la résistance à la mort de qui les individus eux-mêmes semblent participer », suivant la formule que tous se plaisent à citer, le dernier mot de cette recherche, de Georges Cattaui et André Spire à Siegfried van Praag et Chanan Lehrmann[1].

Proust 10 - Figure 1

Figure 1 Nathé Weil, Braun & Cie, vers 1865 ; Marcel et Robert Proust, Hermann & Cie, vers 1882 ; Sotheby’s, Paris, 31 mai 2016, lots 116 et 123.

Mais qu’avait bien pu vouloir dire Proust en rappelant ses visites au carré juif de la rue du Repos ? Enfant, il le connut enclos de murs ; il y retourna adulte, une fois les murs abattus, puisque ses grands-parents furent inhumés dans le caveau familial de Baruch Weil, sa grand-mère Adèle en 1890 et son grand-père Nathé Weil en 1896, son grand-oncle Louis Weil lui aussi en 1896, puis sa tante Friedel, la femme de son grand-oncle Godchaux Weil, en 1897. L’état de santé de Proust l’empêcha d’assister à l’enterrement de son oncle Georges Weil en août 1906[2].

Proust 10 - Figure 2

Figure 2 Caveau familial de Baruch Weil, cimetière du Père-Lachaise. DR.

Ce caveau familial de Baruch Weil dans l’ancien carré juif du Père-Lachaise, il me fallut longtemps pour le repérer, une première visite infructueuse il y a quelques années, puis, dès la sortie du confinement et l’autorisation de traverser Paris, de visiter les cimetières, une seconde expédition avec mon frère. Découvrir la tombe des Weil parmi tant de sépultures abandonnées, recouvertes de mousse, où les noms ne sont plus lisibles, cela nous parut un défi honorable. Il aurait été humiliant de ne pas vous la donner à voir dans le dernier épisode de ce feuilleton et de nous contenter de l’image d’une autre tombe de la septième division, comme je l’avais fait dans le premier épisode en vous montrant le monument de la famille Worms de Romilly. Nous étions près de renoncer pourtant, lorsque, rôdant dans le coin des Worms de Romilly justement, parmi les caveaux de quelques grandes familles israélites du premier XIXe siècle, nous aperçûmes la sépulture des Weil, solide, monumentale même, surmontée d’un imposant obélisque, et plutôt bien conservée. Attestant la réussite sociale de la lignée de Baruch Weil, elle a sa place non loin de la tombe de Théodore Cerf Berr, le fils de Cerf Berr (ou Beer) de Medelsheim, des caveaux des familles Salomon Dalsace, David Singer, Émile Fould, et de la tombe la plus visitée de la division (avec celle de Rachel), celle, toujours parsemée de cailloux, du président du Grand Sanhédrin en 1806 et premier Grand Rabbin de France, David Sintzheim (1745-1812), enterré dans l’enclos israélite alors que celui-ci venait d’ouvrir au bord du cimetière parisien. Auprès de Baruch Weil et de sa seconde femme, Marguerite Nathan, reposent nombre de ses enfants et beaux-enfants, Godchaux Weil (fils de la première femme de Baruch Weil, Hélène Schoubach) et sa femme née Frédérique Zunz, Nathé Weil et sa femme née Adèle Berncastel (ou Berncastell), Lazare-Louis et sa femme née Émilie Oppenheim, Adèle née Weil et son mari Joseph Paul Lazarus, Alphonse Weil, officier célibataire, ainsi que plusieurs autres dont les noms sont effacés[3]. Nul caillou n’étant posé au pied de la tombe de Baruch Weil, nous en déposâmes un.

Figure 3 Caveau familial de Baruch Weil, cimetière du Père-Lachaise ; au fond, la stèle de David Sintzheim. DR.

Nathé Weil avait consenti au mariage de sa fille avec un catholique, à moins qu’il ne l’ait souhaité afin de parachever l’assimilation de sa branche des Weil à la quatrième génération, mais dans la famille de son fils Georges Weil, à la différence de celle de sa fille, on continua d’observer les prescriptions du judaïsme. Devant son petit-fils, baptisé à la naissance bien qu’Adrien Proust fût un libre-penseur et que Jeanne Weil ne se fût pas convertie, le grand-père, tout en agissant avec discrétion, se débrouillait pour que l’enfant, puis l’adolescent, remarquât son geste ancestral et ne l’oubliât jamais, afin que la coutume immémoriale s’inscrivît pour toujours dans ses souvenirs.

Sans connaître le destinataire de la lettre, sans doute un ami commun à Proust et à André Spire, puisque Spire fut le premier à la citer — un Daniel Halévy ou un Lacretelle[4] ? —, comment décider si Proust entendait davantage insister sur l’oubli ou sur la mémoire, sur la perte de la signification d’un rite, ou sur la perpétuation d’un geste vénérable malgré l’effacement de son sens ? À la mort de sa mère en 1905, restée fidèle à la religion de ses parents, Proust voulut qu’un rabbin, envoyé par le consistoire de Paris, récitât la prière des morts, le Kaddish. Rien n’interdit de penser qu’il posa ce jour-là un caillou sur la pierre tombale après l’inhumation au Père-Lachaise, comme il le faisait avec son grand-père sur la tombe de Baruch Weil. De même il se rendit au cimetière en mars 1903 pour l’enterrement de Daniel Mayer, cousin de sa mère, à laquelle il écrivait la veille : « Il n’y aura pas de prières à la maison et quelques mots seulement au cimetière[5]. » Il ne fait en tout cas pas de doute que les jeunes sionistes proustiens furent sensibles à la transmission, à travers Proust, d’un usage auquel ils tenaient comme à une preuve d’identité et un devoir de mémoire. 

Figure 4 Jeanne Weil, Otto, vers 1870, Sotheby’s, Paris, 30 mai 2016, lot 118.

Pas un seul d’entre eux n’a jamais cru qu’il y eût la moindre trace d’un Proust antisémite ou antijuif, ni relevé chez lui une haine ou une honte de soi comme juif, ni même tiqué devant la comparaison entre les homosexuels et les juifs dans Sodome et Gomorrhe I, ni réagi à la préférence exprimée pour le choix des « Sodomistes », non pas de « rebâtir » Sodome, ce qui eût été une « erreur funeste »[6], mais de se répandre parmi les nations et d’y prospérer comme une diaspora, alors que les sionistes demandaient la renaissance d’Israël. Bien au contraire, Menorah et Palestine, organes du mouvement sioniste, réservent le meilleur accueil à Proust, le recrutent pour servir leur cause, voyant en lui, d’après Swann, un modèle de la ténacité juive et de la reconnaissance d’Israël dès lors qu’il est persécuté. Il n’est question que de Proust dans La Revue juive, périodique financé par l’Organisation sioniste à destination des élites française cultivées, et déclinaison juive de La Nouvelle Revue française, car la lecture d’À la recherche du temps perdu encourage les collaborateurs d’Albert Cohen dans le sentiment de leur judéité et dans son affirmation sous la forme du sionisme. Proust parle peu du sionisme, ne cite jamais Israel Zangwill, et, bien entendu, ne fut pas littéralement sioniste. Dans Sodome et Gomorrhe I, il traite le sionisme de « zèle d’apostolat », comme « le refus du service militaire, le saint-simonisme, le végétarisme et l’anarchie »[7]. Le classer de la sorte, cela semble le banaliser, le réduire à une cause comme une autre et le ramener à une vogue éphémère, à une lubie à la façon du prophétisme d’Alexandre Weill, entiché de Charles Fourier dans sa jeunesse bohème. Dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, toutefois, Proust juge que ce qu’il appelle le « patriotisme juif » est « inéluctable […] chez ceux qui se croient le plus libérés de leur race »[8]. Alors que van Praag découvrait et condamnait dans À la recherche du temps perdu le « fatalisme inéluctable » de l’assimilation, expression reprise par Lehrmann, c’était en fait le « patriotisme juif » que Proust jugeait « inéluctable », par exemple durant l’affaire Dreyfus. Or, en 1919, date de la publication du roman et aussi de la Conférence de la Paix, où André Spire et Sylvain Lévi se querellèrent, les mots de « patriotisme juif » sont synonymes du sionisme opposé au franco-judaïsme. De la part de Proust, c’était donc reconnaître la nécessité du retour à Israël, du loyalisme et de la solidarité dans certaines circonstances, lors de l’Affaire comme de toute fièvre antisémite. C’est pourquoi Robert Dreyfus récusait la comparaison des « assimilés » à des « déserteurs » dans sa réponse de 1937 à van Praag.

La page la plus caricaturalement antisémite de Proust se trouve dans Les Plaisirs et les Jours :

 

Quant aux juifs, Bouvard et Pécuchet, sans les proscrire (car il faut être libéral), avouaient détester se trouver avec eux ; ils avaient tous vendu des lorgnettes en Allemagne dans leur jeune âge, gardaient exactement à Paris — et avec une piété à laquelle en gens impartiaux ils rendaient d’ailleurs justice — des pratiques spéciales, un vocabulaire inintelligible, des bouchers de leur race. Tous ont le nez crochu, l’intelligence exceptionnelle, l’âme vile et seulement tournée vers l’intérêt ; leurs femmes, au contraire, sont belles, un peu molles, mais capables des plus grands sentiments. Combien de catholiques devraient les imiter ! Mais pourquoi leur fortune était-elle toujours incalculable et cachée ? D’ailleurs, ils formaient une sorte de vaste société secrète, comme les jésuites et la franc-maçonnerie. Ils avaient, on ne savait où, des trésors inépuisables, au service d’ennemis vagues, dans un but épouvantable et mystérieux[9].

 

Or elle a d’abord été publiée en 1893 dans La Revue Blanche des frères Natanson, dont La Libre Parole qualifiera les collaborateurs de « Dreyfus intellectuels », et c’est un pastiche de Bouvard et Pécuchet de Flaubert.

Proust 10 - Figure 5

Figure 5 La Revue blanche, juillet-août 1893.

À vingt-deux ans, Proust savait parfaitement comment contrefaire La France juive de Drumont en un seul paragraphe. Tout était dit vingt ans avant la publication de Du côté de chez Swann, mais à l’abri de cette note liminaire : « Bien entendu les opinions prêtées aux deux célèbres personnages de Flaubert ne sont nullement celles de l’auteur », précaution encore plus expresse dans La Revue blanche : « Bien entendu malgré l’emploi du présent les opinions ici exprimées sont celles de Bouvard et de Pécuchet, non du signataire de ces lignes »[10]. Comme le résume fort bien mon ami Laurent Dispot : « Si l’antisémitisme est présent dans la Recherche, et pas dans les romans de Céline ni dans les opéras de Wagner (sinon de façon décalée), c’est parce que Proust le combat[11]. »

Proust n’est pas plus antisémite ou antijuif que les collaborateurs de La Revue juive, ou alors ces jeunes sionistes et sympathisants, André Spire, Albert Cohen, Georges Cattaui, Léon Pierre-Quint, Benjamin Crémieux et quelques autres comme Jean de Menasce et Emmanuel Arié, sont aussi antisémites et antijuifs que lui, puisqu’ils ne voient aucun mal dans le traitement de la judéité dans son roman. Au contraire, ils se félicitent que Proust ait introduit en littérature tout un personnel juif très divers, éloigné des stéréotypes et représentant tous les degrés de l’assimilation, et ils usent pour en parler d’un vocabulaire que les censeurs actuels de Proust jugeraient encore plus sévèrement que le sien : non seulement « race juive », mais « sang juif », voire « Juif pur-sang[12] » chez Spire, ou « juiverie parisienne[13] » chez Crémieux, vocabulaire qui ressemble à celui des tirades de Charlus sur Albert Bloch et sa famille dans Sodome et Gomorrhe II. Or ils « annexèrent » Proust, et les organes sionistes des années 1920, Menorah, La Revue juive et Palestine, se servirent de lui comme d’un vecteur de propagande. En 1928, la Jewish Telegraphic Agency diffuse une fois encore dans la presse de la Diaspora un article à la gloire de Proust, « The Jew in Contemporary French Literature. An Appreciation of Marcel Proust », par David Ewen, jeune musicologue[14].

Proust 10 - Figure 6

Figure 6 Clive Bell, Proust, 1928 ; The Sentinel, 5 juillet 1929.

Le critique prend prétexte du livre de Clive Bell, Proust (Londres, The Hogarth Press, 1928), la première monographie sur l’écrivain en langue anglaise, pour assimiler entièrement Proust du côté de Sion, non pas comme un demi-juif mais comme un juif à part entière. C’est ainsi que, modérément instruit de la vie et de l’œuvre de l’auteur d’À la recherche du temps perdu, David Ewen fait de ses deux parents, non seulement de sa mère Jeanne Weil mais aussi de son père Adrien Proust, des juifs, et de Proust lui-même un disciple de Freud et de Bergson, donc un juif intégral, dans la vie et les idées. Proust est à ses yeux « a Jew who is likewise one of the literary giants of all times », un juif qui est lui aussi un des géants littéraires de tous les temps[15].

Et alii

Bien d’autres noms pourraient encore être invoqués parmi les jeunes et moins jeunes proustiens juifs ou sionistes, insensibles à l’antisémitisme commodément démasqué un siècle plus tard dans la vie et l’œuvre de Proust. D’abord ceux des condisciples de Proust au lycée Condorcet et des rédacteurs du Banquet, la revue littéraire qu’ils publièrent en 1892 et 1893 : non seulement Daniel Halévy, son cousin Jacques Bizet (dont la photographie d’enfant offerte à Proust porte cette dédicace : « À mon cher ami Marcel (avec Daniel Halévy) 18 février 1889, J. Bizet »), et Robert Dreyfus (qui s’intéressa à Alexandre Weill avant Siegfried van Praag et Cuno Lehrmann), mais aussi Fernand Gregh, Léon Blum ou Horace Finaly.

Proust 10 - Figure 7

Figure 7 Jacques Bizet, Melandri, vers 1880, Sotheby’s, Paris, 31 mai 2016, lot 135 ; Daniel Halévy vers 1885.

Ils ne se désolidarisèrent jamais de leur petit camarade : « […] un soir, après avoir pendant quelque temps laissé pousser sa barbe, c’était tout à coup le rabbin ancestral qui était reparu derrière le Marcel charmant que nous connaissions », écrira Fernand Gregh bien des années plus tard, après la guerre et la Shoah[16].

Proust 10 - Figure 8

Figure 8 Fernand Gregh, 1897, Albums Halévy, Beaussant Lefèvre, Drouot, 10 juillet 2019, lot 57 ; Mon amitié avec Marcel Proust, 1958.

La description est lue aujourd’hui (manière de se sentir supérieur aux anciens ou de se donner bonne conscience) comme un symptôme d’antisémitisme de la part de Gregh, ou de haine de soi comme juif[17], alors que Gregh, aux dernières pages de son livre de souvenirs, revoyait avec émotion et affection la métamorphose de Proust à la fin de sa vie, sur le modèle des changements aperçus chez Swann.

Figure 9 André Rivoire, Daniel Halévy, Robert Dreyfus, Fernand Gregh, 1897, Albums Halévy, Beaussant Lefèvre, Drouot, 10 juillet 2019, lot 57.

Ensuite Reynaldo Hahn, fidèle jusqu’au dernier jour, puis le second cercle des René Blum, Jean-Richard Bloch ou Gabriel Astruc (1864-1938), l’organisateur de la première saison des Ballets russes à Paris en 1909, le fondateur du théâtre des Champs-Élysées, l’un des premiers lecteurs de Du côté de chez Swann, et, alors inoccupé, l’un des plus soigneux lecteurs, qui envoya à Proust son exemplaire après en avoir corrigé les fautes d’impression[18].

Ou le philosophe Léon Brunschvicg (1869-1944), camarade de Proust au lycée Condorcet, lui aussi disciple d’Alphonse Darlu, et collaborateur de La Revue juive, à laquelle il donna un important article sur Montaigne. Il n’y mentionne pas la mère de l’auteur des Essais, mais, là où il indique que, dans l’« Apologie de Raimond Sebond », Montaigne montre « l’inefficacité morale, et par suite le néant religieux du christianisme », la rédaction de La Revue juive — Albert Cohen ? Jean de Menasce ? — crut bon d’ajouter une note de bas de page : « Il semble à peine utile de rappeler ici l’origine juive, à demi, de Michel de Montaigne. (N. D. L. R.) »[19].

Figure 10 Léon Brunschvicg © IMEC.

Ou, plus éloigné des premiers cercles, Julien Benda, collaborateur de La Revue blanche et dreyfusard comme Proust, mais ennemi de sa manière compliquée de penser et d’écrire, non pas encore dans Belphégor, déjà prêt à la fin de 1913[20], lors de la publication de Du côté de chez Swann, mais dès un article de mars 1920 dans Le Figaro, où il fait de Proust un adepte de l’« hyperromantisme », du « romantisme intégral » et de l’« asiatisme littéraire »[21].

Proust 10 - Figure 11

Figure 11 Julien Benda © Henri Martinie / Roger-Viollet ; Le Figaro, 9 mars 1920.

Proust en sera peu affecté, mais il n’oubliera pas, le rappelant encore à Jacques Boulenger en novembre 1921 : « Personnellement, je n’ai ni à me louer de lui, ni à lui en vouloir : il a parlé de moi dans le Figaro comme d’un ultra-romantique et autant que je me souvienne c’était pour me le reprocher. Mais il me mettait en fort “noble compagnie”[22]. » Benda récidivera dans La France byzantine[23], mais sans jamais reprendre la thèse d’un Proust rabbinique. Entre-temps, il l’avait sauvé dans La Trahison des clercs, se félicitant qu’il se soit élevé contre le « Manifeste du parti de l’intelligence », la proclamation maurrassienne lancée par Henri Massis en 1919 : quelques années après sa mort, Proust est alors appelé par Benda l’« un de nos plus grands écrivains » qui déplore « une espèce de “Frankreich über alles”, gendarme de la littérature de tous les peuples », et Benda se déclare « heureux de cette occasion de rendre hommage à ce vrai “clerc” et de dire que nous savons qu’il y a encore, en France, d’autres écrivains que ceux qui ne croient qu’à la vertu du fer[24] ».

Figure 12 Pierre Abraham, Proust, 1930.

Ou Pierre Abraham, le frère cadet de Marcel Bloch et de Jean-Richard Bloch, auteur lui aussi d’un Proust, chez Rieder en 1930, où il cite Pierre-Quint, Saurat et Crémieux, mais ne dit rien de la judéité de Proust pour expliquer son caractère, et où il récuse l’analogie avec Montaigne : « On a voulu trouver l’explication des similitudes parfois profondes entre Montaigne et Proust dans la présence, chez l’un comme chez l’autre, du sang juif », rappelle-t-il, avant de soulever cette objection dirimante : « Si l’on admettait cette explication par l’hérédité, il faudrait alors trouver dans les deux lignées paternelles le motif des dissemblances également profondes entre les œuvres[25]. » D’ailleurs Pierre Abraham, indifférent au judaïsme, tenté par le communisme, juge Proust plus proche de Rousseau par la « manie analytique[26] », manière à lui de concilier ses goûts littéraires et son engagement politique.

Proust 10 - Figure 13

Figure 13 Les Nouvelles littéraires, 7 juillet 1923 ; Emmanuel Berl.

Ou Emmanuel Berl (1892-1976), apparenté aux Bergson et aux Proust, familier de Proust qui le recevait en 1917 et faisait son éducation, jusqu’au jour où il le chassa en lui lançant des injures à la figure, « comme des pantoufles par la porte du cabinet de toilette », pour en finir avec leur différend sur la possibilité ou non d’être heureux en amour[27]. Berl sera l’auteur d’un article sur « Freud et Proust » dans Les Nouvelles littéraires en 1923, où, pour corriger la thèse du mobilisme de Proust et insister sur l’asservissement des individus aux « lois de l’hérédité », il rappelle que Swann, « l’ami du prince de Galles, l’enfant chéri du Jockey Club, […] meurt juif dreyfusard et prophétisant[28] ».

Proust 10 - Figure 14

Figure 14 Simone et André Maurois en 1931, bibliothèque de l’Institut de France ; À la recherche de Marcel Proust, 1949.

Ou encore André Maurois, né Émile Herzog (1885-1967), le mari de Simone de Caillavet (fille de Gaston Arman de Caillavet et de Jeanne Pouquet, petite-fille de Léontine Lippmann, Mme Arman de Caillavet, et modèle de Gilberte), dont la biographie, À la recherche de Marcel Proust (1949), fixa pour jamais l’image du petit cimetière juif de la rue du Repos dont nous sommes partis.

In memoriam

Mais la liste de ces lecteurs de Proust jeunes juifs ou sionistes remet à l’esprit quelques destins autrement plus graves. Proust aurait approché soixante-dix ans à l’automne 1940, quand Vichy décréta le statut des juifs. Nombre des hommes et des femmes que nous avons cités, ou de leurs proches, ne survécurent pas aux persécutions qui suivirent.

La cousine germaine de Proust, Adèle Weil (1892-1944), fille de son oncle Georges, le frère de sa mère, et d’Amélie Oulman, fut arrêtée le 4 juillet 1944, ainsi que son mari Jules Maxime Weil (1877-1944) et leur fille Annette (1921-2020), à Toulouse où ils s’étaient réfugiés en 1940. Tous trois furent déportés par le convoi n° 81, l’un des derniers à partir de France, qui quitta Toulouse le 30 juillet 1944 pour Buchenwald, où Maxime Weil mourut le 30 novembre 1944, puis Ravensbrück, où Adèle mourut le 5 décembre 1944[29]. Seule Annette revint. Devenue Mme Claude Heumann, nous venons d’apprendre sa mort à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans. Quel aurait été le lot de Proust s’il n’était pas disparu prématurément ?

Proust 10 - Figure 15

Figure 15 Jules et Adèle Weil, à gauche devant, Annette, au fond au centre © Mémorial de la Shoah.

René Blum (1878-1942), le frère cadet de Léon Blum, que Proust aperçut en août 1902 chez Larue, et qui, alors âgé de vingt-quatre ans, fut l’un des modèles des valets du Grand-Hôtel de Balbec, « svelte, rosissant, farouche, souriant et frisé, comme un Hippolyte des meilleurs temps de la sculpture grecque ton ami M. R. Blum », écrit Proust à Antoine Bibesco au sortir du restaurant, mais la suite était moins jolie : « Rose surtout d’une constipation dont il se plaint et qui est symbolique de sa difficulté à produire[30] », et fait de lui un prototype de Swann, « souffrant d’un eczéma ethnique et de la constipation des Prophètes[31] » (les détracteurs contemporains du Proust antijuif montreront le bout de l’oreille).

Figure 16 Annette Heumann née Weil ; René Blum en 1929 © Henri Martinie / Roger-Viollet.

René Blum joua un rôle capital dans l’histoire de la publication d’À la recherche du temps perdu, puisque, alors journaliste et secrétaire général du Gil Blas, ce fut lui qui servit d’intermédiaire entre Proust et Bernard Grasset au début de 1913. Plus tard directeur du Théâtre de Monte-Carlo et fondateur des Ballets russes de Monte-Carlo, ayant refusé de quitter le pays avec sa troupe, il fut arrêté le 12 décembre 1941, lors de la « rafle des notables », détenu au camp de Compiègne-Royallieu, transféré à Drancy en mars 1942, puis déporté le 23 septembre 1942 dans le convoi n° 36 vers Auschwitz, où il fut exécuté dès son arrivée[32].

Benjamin Crémieux, le plus subtil des analystes de la judéité de Proust à la fin des années 1920, révoqué par Vichy en 1940, entré dans la Résistance à Marseille en 1941, fut arrêté en avril 1943, transféré à Fresnes, puis à Compiègne-Royallieu, et déporté en janvier 1944 à Buchenwald, où il mourut d’épuisement le 14 avril 1944, ainsi que le raconte David Rousset dans L’Univers concentrationnaire[33].

Emmanuel Arié, né à Sofia, élève de l’école de l’Alliance israélite universelle à Smyrne, alors dirigée par son frère Gabriel Arié ; collaborateur de La Revue juive en 1925, il profitait de ses articles sur Jacques-Émile Blanche et Jean Cocteau pour parler de Proust ; naturalisé français en 1925, négociant en joaillerie, il fut arrêté à Lyon le 7 juillet 1944, transféré à Montluc, puis interné à Drancy, et déporté par le convoi n° 77 le 31 juillet 1944 à destination d’Auschwitz, où il mourut le 4 août 1944[34].

Proust 10 - Figure 17

Figure 17 Carnet de fouilles de Drancy © Mémorial de la Shoah.

Jules Rais (Cahen dit Nathan dit Rais), l’ami de jeunesse d’André Spire à Nancy et le second mari de Ludmila Savitzky, devenu antisioniste ardent et brouillé avec Spire, ancien bibliothécaire en chef de la Chambre des députés, fut déporté par le convoi n° 62, qui quitta Drancy le 20 novembre 1943, et mourut à Auschwitz à son arrivée[35].

Louise Bloch (1858-1944), la belle-mère de Ludmila Savitzky et la mère de son troisième mari, Marcel Bloch, ainsi que de Jean-Richard Bloch et de Pierre Abraham, arrêtée à Néris-les-Bains, dans l’Allier, le 12 mai 1944, fut déportée par le convoi n° 75 du 30 mai 1944 de Drancy à Auschwitz où elle fut gazée à son arrivée à l’âge de quatre-vingt-six ans.

Le grand rabbin Léon Berman, victime des foudres de La Tribune juive en 1937 pour avoir fait une place à Proust dans son Histoire des juifs de France, fut arrêté à Cannes le 15 octobre 1943 et déporté avec sa femme et son fils au départ de Drancy le 28 octobre 1943 dans le convoi n° 61 vers Auschwitz.

La cousine germaine de Robert Dreyfus, l’un des amis les plus anciens et fidèles de Proust, Henriette Neymarck (1873-1944), et son frère Pierre Neymarck (1875-1944), ancien élève du lycée Condorcet et successeur de son père, Alfred Neymark, à la direction du journal Le Rentier, furent internés à Drancy le 21 mars 1944 et déportés par le convoi n° 70 du 27 mars 1944 à Auschwitz, d’où ils ne revinrent pas.

Dina Brach (1865-1943), née Sourdis, dernière fille de Mardochée Sourdis[36], l’associé d’Adolphe Dreyfus, père de Robert Dreyfus, fut déportée dans le convoi n° 61, qui quitta Drancy le 28 octobre 1943, et périt à Auschwitz, à l’âge de soixante-dix-huit ans.

Ou André Lévy, dit Arnyvelde(1881-1942), qui publia une interview de Proust dans Le Miroir du 21 décembre 1913[37], au lendemain de la mise en vente de Du côté de chez Swann, évoquant une « apparition retentissante » et annonçant que l’« on fait grand bruit autour du livre ». Il fut arrêté lui aussi le 12 décembre 1941, lors de la « rafle des notables », transféré à Compiègne-Royallieu, où il contracta une pneumonie dont il mourut le 2 février 1942 à l’hôpital de Compiègne[38]. « Il fut de la fournée des cinq cents intellectuels pris en otages, à cause de je ne sais plus quel attentat sur la personne d’un officier boche », dira à ses obsèques Frédéric Joliot-Curie, dont André Lévy, devenu journaliste de vulgarisation scientifique, était l’ami, et qui le revit à la morgue de l’hôpital[39].

Figure 18 Gavroche, 8 février 1945.

Ou encore les parents de Chanan Lehrmann, l’auteur de L’Élément juif dans la littérature française en 1941, Chaim Frieder-Lehrman (1882-1942), le sofer de Stuttgart, et Blume née Kranzler (1880-1942), qui furent expulsés d’Allemagne et déportés en Pologne lors de la Polenaktion d’octobre 1938, et qui disparurent en 1942 dans un camp.

Ou Marie-Louise Cahen-Hayem (1905-1944), qui rendit compte avec sympathie dans les Archives israélites des livres consacrés à Proust par Léon Pierre-Quint, Robert Dreyfus ou Pierre Abraham. Arrêtée avec ses parents, elle fut déportée de Toulouse en Allemagne par le convoi n° 81 du 30 juillet 1944, l’un des derniers et le même qui emporta Adèle Weil, la cousine de Proust, son mari et sa fille à Buchenwald et Ravensbrück. Elle mourut à Ravensbrück le 29 novembre 1944, comme sa mère, Marguerite Cahen, née Hayem (1874-1944), le 20 novembre — Adèle Weil et Marguerite Cahen, on s’en souvient, étaient cousines au troisième degré —, tandis que son père, René Isaac Cahen (1871-1944), qui avait dirigé les Archives israélites avec son frère Georges, mourut le 8 novembre à Buchenwald[40]. Il était le petit-fils de Samuel Cahen — le fondateur des Archives en 1840, dont Godchaux Weil, le grand-oncle de Proust et l’écrivain de la famille avant lui, fut le collaborateur le plus empressé durant une dizaine d’années —, le fils d’Isidore Cahen et le frère d’Émile Cahen, qui dirigèrent la revue avant lui. Il était aussi un ancien condisciple de Proust au lycée Condorcet et il l’appelait familièrement « notre ami Marcel Proust » dans les Archives israélites[41].

Auprès du prétendu antisémitisme de Proust qui effarouche aujourd’hui les belles âmes, celui qui extermina tant de ses parents, amis, connaissances et admirateurs, mérite certainement plus de vigilance.

Post-scriptum

Mon feuilleton aurait dû s’arrêter là, mais il y a un dieu caché de la recherche, une grâce du chercheur. Mes investigations étaient closes ; j’avais mené mon enquête aussi loin que je le croyais possible ; il semblait qu’il n’y eût plus rien à trouver et je ne voyais qu’ajouter. J’avais certes buté sur une énigme et il me restait un remords : « Il n’y a plus personne, pas même moi, puisque je ne peux me lever, qui aille visiter, le long de la rue du Repos, le petit cimetière juif où mon grand-père, suivant le rite qu’il n’avait jamais compris, allait tous les ans poser un caillou sur la tombe de ses parents. » Sans doute n’avais-je pas découvert à qui Proust adressa ces paroles mélancoliques sur sa judéité. J’avais toutefois montré que les jeunes amateurs juifs et sionistes d’À la recherche du temps perdu dans les années 1920 ne voyaient nul antisémitisme dans son roman, nulle haine ou honte de soi en tant que juif, mais, au contraire, qu’ils réclamaient Proust pour la judéité et qu’ils se servaient de son œuvre pour manifester leur fierté d’être juifs. Mais le mystère initial demeurait irrésolu. Bientôt je pus montrer quelques esquisses. Je consultai quelques lecteurs choisis sur le destin qu’il conviendrait de donner à ces pages. Puis je les laissai reposer durant plusieurs mois et passai à autre chose.

Figure 19 Cimetière du Père-Lachaise, 7e division, CAP 122-037. DR.

Or, un matin, je trouvai dans ma boîte aux lettres électronique un courrier envoyé par une amie dont j’avais sollicité le conseil. Il était accompagné d’un fichier que j’ouvris sans trop tarder. C’étaient les photographies de quelques feuillets de la main de Proust. Je les déchiffrai et transcrivis aussitôt. Le passage, commençant au milieu d’une phrase, s’étend ensuite sur quatre pages serrées. À son habitude lorsque Proust se met à une lettre, il l’écrit sur une grande feuille pliée en deux, d’abord sur le folio 1 recto et le folio 2 recto, puis, ayant fait faire à la feuille un quart de tour dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, sur le folio 1 verso, et enfin sur le folio 2 verso. Il s’agit d’une longue lettre, mais son début manque, au moins une feuille double semblable à celle-ci, ainsi que la fin, sur une troisième feuille et peut-être plus. D’assez nombreuses corrections font penser qu’il s’agit d’un brouillon, ou bien et plus probablement que la lettre, de plus en plus raturée, est devenue en cours de rédaction un brouillon et que Proust a dû ensuite la remettre au propre avant de l’envoyer à son destinataire. Je lus d’abord distraitement (il n’est pas rare de retrouver des lettres de Proust), puis avec une curiosité croissante, mais le choc fut si violent quand je parvins aux dernières lignes de la quatrième page que j’en eus le souffle coupé durant un bon moment.

Je tenais la solution que je désespérais de trouver depuis de nombreuses années. Comme un don du ciel, le fragment se termine, au bas de la quatrième page, par la fameuse phrase sur le petit cimetière juif de la rue du Repos. À quelques détails près, ce sont les mots mêmes qu’André Spire citait en 1923, Georges Cattaui en 1935, André Maurois en 1949, etc. Spire et Cattaui, donnant « puisque je ne peux me lever », étaient en vérité plus proches de la lettre à présent retrouvée que de la version de Maurois et de ses successeurs, qui préféraient « puisque je ne puis me lever » (à vrai dire, la répétition de puisque et puis ne m’avait jamais beaucoup plu).

Et le mystérieux destinataire est interpellé nommément au cours de la lettre… Mais ici je dois m’interrompre ; j’ai promis de garder le secret durant quelques mois encore. Le nom du destinataire et la transcription de la lettre retrouvée vous seront révélés dans la prochaine livraison du Bulletin d’informations proustiennes, pour le cinquantième numéro de cette précieuse publication, à paraître au cours de l’automne de 2020. Vous devrez donc patienter encore quelques mois, mais vous serez récompensé et la surprise sera de taille. J’aurais aimé soulever un coin du voile et vous montrer l’image de la fameuse phrase de la main de Proust, mais je ne vous raconte pas d’histoires. Ces quelques mots ailés que nous devons à André Spire, puisque c’est grâce à lui que nous les connaissions jusqu’ici, ces mots qui circulaient subrepticement entre proustiens depuis près d’un siècle seront enfin attribués.

Figure 20 Les noms effacés sur la tombe de Baruch Weil. DR.

Une fois l’énigme levée, j’ajouterai un dernier chapitre au feuilleton publié d’avril à juin 2020 sur le site du Collège de France, pour commenter la lettre retrouvée, tenter d’en tirer quelques enseignements de plus sur la conception qu’avait Proust de son identité juive. Ces mots, comme on le verra, ne sont pas littéralement ses ultima verba sur sa judéité, car ils furent écrits plus tôt que je ne le supposais, mais ce furent bien des paroles définitives. Ainsi, vous ne perdrez rien pour attendre, et soyez attentifs à la parution du Bulletin d’informations proustiennes (c’est ce qu’on appelle un teaser, un hameçonnage). À suivre, donc.

@

Cependant, nous voici parvenus au terme de ce feuilleton, fût-ce provisoirement. C’est déjà le moment de revenir sur l’expérience qu’il nous a procurée dix semaines durant. Je m’y suis lancé à la suite de notre confinement entre mars et mai 2020, pour me donner une discipline de travail et aussi pour essayer une formule de publication nouvelle, puisque l’édition traditionnelle allait se contracter pour longtemps à l’issue de la pandémie, durant une crise économique qui frappera tous les secteurs d’activité. Le rythme hebdomadaire m’a permis de mettre en forme une recherche entamée depuis de longues années sur la lecture de Proust dans la communauté juive. La première pierre avait été posée lors d’une communication à l’université de Tel-Aviv en 2007, sur « Israël avant Israël », dans le cadre d’un colloque sur « Les intellectuels français et Israël ». Il était déjà question des intellectuels sionistes français, des quelques mentions du sionisme dans À la recherche du temps perdu, ainsi que de La Revue juive d’Albert Cohen et de Palestine, organe de l’Association France-Palestine, Comité français des Amis du sionisme[42]. Dix ans plus tôt, dans « Le “profil assyrien” ou l’antisémitisme qui n’ose pas dire son nom : les libéraux dans l’affaire Dreyfus », je m’étais intéressé à une image, celle de la barbe assyrienne comme possible allusion à la judéité, dans la culture de la fin du XIXe siècle et le roman de Proust[43].

La bibliographie sur Proust et la question juive est considérable. Le premier livre que je me rappelle avoir lu sur le sujet, quand il fut publié, est celui de Jean Recanati (le père de mon collègue François Recanati), Profils juifs de Marcel Proust (Buchet-Chastel, 1979). Je viens de le parcourir à nouveau, pour voir ce que je lui dois. Recanati traverse toute l’œuvre de Proust, insiste sur la représentation de l’affaire Dreyfus dans Jean Santeuil, mais ne touche pas à la lecture du roman dans la communauté juive.

Figure 21 Jean Recanati, Profils Juifs de Marcel Proust, 1979.

Près de quarante ans plus tard, l’ouvrage le plus récent est celui de Patrick Mimouni, Les Mémoires maudites. Juifs et homosexuels dans l’œuvre et la vie de Marcel Proust, publié en 2018 et plusieurs fois cité au cours de mon feuilleton, dont j’ai pris connaissance alors que ma recherche était bouclée pour l’essentiel. Nos points de vue m’ont paru peu compatibles. Je ne pense pas qu’Adrien Proust ait été l’amant de l’oncle Louis Weil, lequel l‘aurait marié à sa nièce pour le garder auprès de lui. Les rebondissements de ce genre abondent dans Sodome et Gomorrhe II, III et IV ; ils appartiennent au genre romanesque, mais les affabulations qui marient fiction et histoire embrouillent les esprits plus qu’elles ne font avancer notre connaissance.

Entre Recanati et Mimouni, innombrables ont été les contributions touchant à la comparaison entre les juifs et les invertis, Sodome et Sion, depuis l’article novateur de Jeanne Bem en 1980, « Le juif et l’homosexuel dans À la recherche du temps perdu »[44]. Elles parurent abondamment en langue anglaise à la suite du livre d’Eve Kosofsky Sedgwick, Epistemology of the Closet (University of California Press, 1990), fondateur des dites Queer Studies, puis en toutes langues[45].

Proust 10 - Figure 22

Figure 22 Jeanne Bem, « Le juif et l’homosexuel dans À la recherche du temps perdu », 1980 ; Eve Kosofsky Sedgwick, Epistemology of the Closet, 1990.

Mais ce n’est pas ce filon prospère, cette copieuse lignée d’interprétations qu’il m’a semblé opportun de continuer d’explorer.

Nombre d’études discutent la place de l’affaire Dreyfus dans la vie et dans l’œuvre de Proust. Il y joua un rôle non négligeable : « Je crois bien avoir été le premier dreyfusard, puisque c’est moi qui suis allé demander sa signature à Anatole France[46] », écrit-il à Paul Souday en 1919, après le prix Goncourt. Mais il prit ses distances avec l’Affaire dans À la recherche du temps perdu, où elle est perçue à travers ses répercussions mondaines le plus souvent dérisoires. Dans Le Temps retrouvé, le comble est atteint quand l’Affaire est traitée de divertissement par rapport à la vocation de l’œuvre, à la découverte du livre intérieur : « Chaque événement, que ce fût l’affaire Dreyfus, que ce fût la guerre, avait fourni d’autres excuses aux écrivains pour ne pas déchiffrer ce livre-là, ils voulaient assurer le triomphe du droit, refaire l’unité morale de la nation, n’avaient pas le temps de penser à la littérature.

Mais ce n’était que des excuses, parce qu’ils n’avaient pas, ou plus, de génie, c’est-à-dire d’instinct[47]. » Mais sur l’Affaire on attend la publication du livre définitif que Yuji Murakami tirera de sa thèse, L’Affaire Dreyfus dans l’œuvre de Proust, soutenue en 2012.

Ce qui m’importait, c’était de réfuter l’idée de plus en plus reçue qui voit de l’antisémitisme ou de la judéophobie dans la représentation des juifs par Proust. C’est pourquoi il m’a semblé crucial de me concentrer sur la première réception d’À la recherche du temps perdu dans les années 1920 par la communauté juive, du côté des jeunes, séduits par le sionisme, mais aussi du côté des institutions consistoriales et rabbiniques, comme une antithèse. Un outil de travail toujours irremplaçable et insurpassé pour mener une telle enquête demeure la bibliographie établie à la veille de la Seconde Guerre mondiale par Douglas W. Alden, Marcel Proust and His French Critics, minutieuse thèse soutenue à l’Université Brown en 1938.

Figure 23 Douglas W. Alden, Marcel Proust and His French Critics, 1940.

Y sont recensées quasi toutes les publications et les signatures qui m’ont intéressé : Georges Cattaui, André Spire, Léon Pierre-Quint, Benjamin Crémieux, Ludmila Savitzky, Denis Saurat, René Groos… Bien peu ont échappé à la vigilance de Douglas Alden, comme la jeune Marie-Louise Cahen-Hayem dans les Archives israélites, ou l’anonyme Gustave Kahn dans un éditorial de Menorah. Sur cette piste, débroussaillée dans deux communications données en 2013, des jalons avaient été posés par Yuji Murakami dans l’introduction de sa thèse, où il contredit le Proust antijuif d’Alessandro Piperno, et par Joseph Brami dans un article de 2013 sur les « Premières réceptions critiques “juives” de Swann, 1923-1941 ».

Figure 24 Alessandro Piperno, Proust antijuif, 2007.

Pendant des années, ce projet a été intitulé « Jeunes juifs lecteurs de Proust ». C’est encore sous ce titre que j’ai donné en novembre 2019 une conférence à l’invitation de la Marcel Proust Gesellschaft dans le cadre d’un colloque sur « Marcel Proust und das Judentum » à Berlin. Puis, au moment de mettre en ligne mon premier feuilleton, ce titre de travail m’a paru trop descriptif, neutre et plat. J’en ai improvisé un autre : « Proust sioniste », puisque les jeunes gens qui écrivent dans les revues sionistes des années 1920, dans Menorah, La Revue juive, Palestine, publications financées par l’Organisation sioniste présidée par Chaim Weizmann, sont des enthousiastes de Proust, qu’ils voient en Proust un juif fier de l’être et dont le roman pourrait encourager d’autres jeunes juifs à rejoindre leurs rangs. En revanche, les revues plus proches des instances consistoriales et du judaïsme institutionnel, L’Univers israélite et les Archives israélites à Paris, La Tribune juive à Strasbourg, n’ont que faire de Proust, car elles refusent de séparer judéité et culte.

L’avantage du feuilleton, c’est qu’il suscite des réactions tandis que le chantier est en cours, et il permet de corriger, infléchir, redresser. « On pourrait plutôt dire Proust vu par une génération de sionistes, m’écrit un ami, à la rigueur Proust et le sionisme, mais pas Proust sioniste. » Un autre lecteur suggère que le titre « Sionistes proustiens » aurait été plus exact. Sans doute, puisque ces jeunes sionistes aimèrent Proust (l’œuvre), alors que Proust (l’homme) n’adhéra jamais au sionisme. Il m’a aussi été opposé que « Proust sioniste » était une qualification malheureuse et inopportune, en raison des connotations que l’épithète pouvait avoir aujourd’hui et qui l’assimilent au néo-sionisme révisionniste, nationaliste ou religieux, plutôt qu’au post-sionisme laïque. Ceux qui me font cette objection se rappellent sans doute la résolution 3379 de l’assemblée générale des Nations unies, considérant en 1975 que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale », résolution d’ailleurs révoquée en 1991. Mais si je m’élève contre l’anachronisme qui consiste à qualifier aujourd’hui Proust d’antisémite ou d’antijuif, ce n’est pas pour plaquer les connotations qui peuvent être associées par certains au sionisme en 1975 ou en 2020 sur l’acception du sionisme qui pouvait être celle des lecteurs de Proust entre 1922 et 1931. Quand je dis « Proust sioniste », j’entends non pas, bien entendu, que l’homme fut sioniste, mais que ces jeunes sionistes s’emparèrent de son œuvre, durant quelques années, pour faire avancer leur cause. Pour le moment, et cette équivoque levée, je maintiens donc le titre « Proust sioniste ».

Certaines pistes pourraient être poursuivies. Nous ne savions rien de Robert Dreyfus, l’un des amis les plus anciens et intimes de Proust, ni la déchéance de son père, ni le suicide de son frère, ni même son activité professionnelle auprès des Rothschild. Ce que j’ai appris m’a conduit à réviser peu à peu mon jugement sur son rapport au judaïsme, que je pensais aussi distant que celui des israélites les plus assimilés, tels Proust et Halévy. Les réactions contradictoires de La Tribune juive et de L’Univers israélite à sa mort, celle-là hostile, celui-ci complice, m’ont troublé, de même que sa réponse à La Revue juive de Genève en 1937 après le premier article de Siegfried van Praag traitant les « assimilés » de « déserteurs », ou, dès 1926 dans ses Souvenirs sur Marcel Proust, sa mise en garde contre une lecture antisémite d’À la recherche du temps perdu. Sans compter qu’il fut l’un des premiers à s’intéresser à Alexandre Weill, avant van Praag et Lehrmann, curiosité commune qui donne à réfléchir, puisque certains sionistes voyaient dans le socialisme utopique, embrassé un temps par Weill, une anticipation du messianisme sioniste. Dreyfus, pour introduire sa monographie sur Weill et sans indiquer ce qui le conduisit vers cet « homme obscur », considère Ma jeunesse[48], les souvenirs de Weill sur son enfance alsacienne, son initiation talmudique à Metz et ses études rabbiniques à Francfort, « livre émouvant et délicieux », comme celui qui jusque-là fixa le mieux l’« âme juive » à la manière dont Barrès voulut fixer l’« âme lorraine »[49].

Figure 25 Alexandre Weill, Ma jeunesse, t. I, Mon enfance, 1870.

Dans la suite de son étude, Dreyfus fait d’ailleurs preuve d’une connaissance du « Judaïsme post-biblique » (comme dit van Praag en reprochant à Proust de l’ignorer) qui atteste qu’il a reçu une éducation juive. Et j’ai signalé la présence du rabbin Schilli à ses obsèques au cimetière Montmartre en 1939. Bref, le jugement que j’ai porté dans le sixième épisode — « Sa propre judéité paraît l’avoir laissé complètement indifférent […]. Il semble avoir été un excellent exemple de juif déjudaïsé, absorbé par l’esprit français » — me semble à présent excessif ou même erroné, en tout cas à revoir.

La formule du feuilleton m’a plu. Pendant trois mois, j’ai vécu au rythme d’Alexandre Dumas, dans la hâte de me mettre au prochain épisode, d’éveiller l’attente des lecteurs. Après coup, il me semble que cela m’a permis de surmonter un traumatisme, celui que j’ai subi lorsque mon cours au Collège a été cassé en plein milieu par le virus, un cours qui s’intitulait par malheur « Fins de la littérature » et qui s’est terminé sans s’achever. Dans un feuilleton comme dans un cours, la démarche est semblable : on avance des hypothèses, on tâtonne, on noue une intrigue, on « échange », comme on dit en 2020, échange d’autant plus intransitif qu’il a été intégralement virtuel. Non, en vérité l’échange a été d’autant plus transitif que le confinement nous a tous rendus disponibles à de nouvelles formes de dialogue.

Mes remerciements vont au pôle web et multimédia du Collège de France et à son responsable, Marco Cucchi : semaine après semaine, dans les conditions d’un strict confinement puis d’un déconfinement modéré, ils ont adapté mes épisodes au format numérique singulier du Collège, dont le site déroule ses contenus latéralement comme la Torah. Je ne peux pas nommer tous ceux qui m’ont fait parvenir des messages au cours du feuilleton. Cela est allé de la correction d’une coquille à l’envoi de documents essentiels et dont il sera tenu compte par la suite, ou dont il a déjà été tenu compte dans un feuilleton suivant. Je voudrais remercier Ruth Amossy, Pierre Assouline, Françoise Balibar, R. Howard Bloch, Dominique Bourel, Monique Canto Sperber, Anne Carvallo, Bernard Compagnon, Jessica Desclaux, Max Engamarre, Anne Esmein, Valérie Fasseur, Pierre Force, Pierre Frantz, Andrée Hayum, François Heilbronn, Marian Hobson, Edward Hughes, Christian Jeanbrau, Alice Kaplan, Sandrine Kott, Lawrence D. Kritzman, Elisabeth Ladenson, Henry Laurens, Monique Lévi-Strauss, Françoise Leriche, Maureen McLane, Nathalie Mauriac Dyer, Éric Marty, Pierre-François Mettan, Patrick Narzul, Dominique Panzani, Françoise Pitt-Rivers, Anne Pons, Emmanuel Rimbert, Philippe Roger, Thomas Römer, Marie-Brunette Spire, Serge Sur, Jean-Yves Tadié et tous ceux qui ont enrichi cette nouvelle expérience éditoriale par leurs réactions, leurs encouragements ou leurs objections.

@

Maintenant, vous devrez encore attendre quelques mois avant de savoir à qui Proust écrivit son émouvante lettre sur les visites au cimetière juif où il accompagnait son grand-père, vous comprendrez alors pourquoi le souvenir du caillou qu’ils posaient ensemble sur la tombe de Baruch Weil comptait autant.

Figure 26 Eugène Atget, Père-Lachaise, rue du Repos, 1900-1901, BnF.

Le petit carré israélite du Père-Lachaise perdit sa clôture en 1881, quand Proust avait dix ans. Il se fondit désormais dans le grand cimetière parisien, comme une métaphore de l’assimilation des israélites français. Mais Nathé Weil, décédé en 1896, quand Proust avait vingt-cinq ans, ne pouvait pas ne « déjà plus » comprendre le rituel de la pierre déposée sur la tombe familiale, lorsqu’il accomplissait le geste immémorial à la veille de Rosh Hashana ou de Yom Kippour, ou le jour des chlochim, et quand il guidait la main de l’enfant qui écrirait À la recherche du temps perdu. Proust savait parfaitement ce qu’il faisait, comme quand il envoyait à ses amis juifs, ces amis dont son grand-père n’aurait pas douté qu’ils fussent juifs quel que fût leur déni, une seconde lettre de condoléances après trente jours de deuil. Il est dit dans Le Temps retrouvé qu’« un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés[50] ». Sans doute, mais un livre, À la recherche du temps perdu, c’est aussi la petite pierre que l’on pose sur la tombe pour se souvenir, la petite pierre de l’enclos juif de la rue du Repos.

Avril-juin 2020.

Notes

[1] Voir encore Georges Cattaui, qui la met en exergue du chapitre « Proust et les Juifs » de L’Amitié de Proustop. cit., p. 104 ; Benjamin Crémieux, Du côté de Marcel Proustop. cit., p. 116 ; Siegfried van Praag, « Marcel Proust (II), témoin du Judaïsme déjudaïsé », art. cit., p. 388.

[2] Proust, lettre à Reynaldo Hahn, [26 août 1906], Corr., t. VI, p. 196.

[3] CAP 122-037 : Baruch Weil (1780-1828), Godchaux Weil (1806-1878), Frédérique Zunz (1823-1897), veuve Godchaux Weil, Maurice Cohen (1825-1883), ingénieur des Ponts et Chaussées (fils de Merline Weil [1804-1875] et de Benoît Cohen [1798-1856]), Nathé Weil (1814-1896), Adèle Weil née Berncastell (1824-1890), Louis Weil (1816-1896), Émilie Weil née Oppenheim (1821-1870), Adèle Weil (1818-1892), veuve Lazarus, et son mari Joseph Paul Lazarus (1816-1870), Alphonse Weil, capitaine (1822-1886).

[4] On pourrait penser à la lettre à Lacretelle dans laquelle Proust réagit en août 1922 à la lecture de la prépublication de Silbermann dans La NRF, lettre qui ne nous est pas parvenue dans son intégralité : voir Corr., t. XXI, p. 417-418.

[5] Proust, à sa mère, [18-19 mars 1903], Corr., t. III, p. 275.

[6] Sodome et Gomorrhe I, RTP, t. III, p. 33.

[7] Ibid., p. 22.

[8] RTP, t. II, p. 245.

[9] Proust, « Mondanité de Bouvard et Pécuchet », La Revue blanche, t. V, nos 21-22, juillet-août 1893, p. 67-68 ; Les Plaisirs et les Jours, op. cit., p. 62.

[10] Ibid., p. 62 ; Les Plaisirs et les Jours, op. cit., p. 57.

[11] Laurent Dispot, « Marcel Proust-Weil et Titi Tiszelman, face à Maurras et au mot “race” », La Règle du jeu, n° 40, mai 2009, p. 238-302, ici p. 249.

[12] André Spire, Quelques Juifs et demi-Juifs, op. cit., t. II, p. 56.

[13] Benjamin Crémieux, Du côté de Marcel Proust, op. cit., p. 97.

[14] David Ewen (1907-1985), né à Lemberg, en Galicie alors rattachée à l’Autriche-Hongrie, aujourd’hui Lviv en Ukraine, émigré enfant aux États-Unis, écrivit par la suite une biographie de Schubert (1931) et de nombreux ouvrages de musicologie.

[15] The Reform Advocate (Chicago), 27 avril 1929, p. 319-320 ; The Sentinel (Chicago), 5 juillet 1929, p. 28 et 31.

[16] Fernand Gregh, Mon amitié avec Marcel Proust, Grasset, 1958, p. 55.

[17] La notation est jugée « anti-Semitic — or rather, self-hating » par Maurice Samuels, Inventing the Israelite, op. cit., p. 245.

[18] Proust, lettres à Gabriel Astruc, [décembre 1913], Corr., t. XII, p. 383-384 et 385-392.

[19] Léon Brunschvicg, « Le moment historique de Montaigne », La Revue juive, n° 4, juillet 1925, p. 417-435, ici p. 423.

[20] Julien Benda, Belphégor. Essai sur l’esthétique de la présente société française, Émile-Paul, 1918.

[21] Id., « L’éternelle idole », Le Figaro, 9 mars 1920, p. 1, à propos de la nouvelle édition du Romantisme français. Essai sur la révolution dans les sentiments et dans les idées au xixe siècle, de Pierre Lasserre (Mercure de France, 1907 ; Garnier, 1919).

[22] Proust, lettre à Jacques Boulenger, [29 novembre 1921], Corr., t. XX, p. 542.

[23] Julien Benda, La France byzantine, ou le Triomphe de la littérature pure. Mallarmé, Gide, Proust, Valéry, Alain Giraudoux, Suarès, les Surréalistes, essai d’une psychologie originelle du littérateur, Gallimard, 1945.

[24] Id., La Trahison des clercs, Grasset, 1927, p. 298.

[25] Pierre Abraham, Proust. Recherches sur la création intellectuelle, Rieder, coll. « Maîtres de la littérature », 1930, p. 66 ; voir Marie-Louise Cahen-Hayem, « Proses », Archives israélites, 92e année, n° 2, 8 janvier 1931, p. 7.

[26] Ibid., p. 68.

[27] Emmanuel Berl, Sylvia, Gallimard, 1952 ; coll. « Folio », 1972, p. 131.

[28] Id., « Chronique philosophique. Freud et Proust », Les Nouvelles littéraires, 7 juillet 1923, p. 3.

[29] http://ressources.memorialdelashoah.org/rechav_pers.php

http://proustien.over-blog.com/pages/Lassassinat_de_la_cousine_de_Marcel_PROUST_et_de_son_mari_par_les_nazis-650676.html

[30] Proust, lettre à Antoine Bibesco, [août 1902], Corr., t. III, p. 102-103.

[31] Du côté de chez Swann, RTP, t. I, p. 395.

[32] Voir Anne Sinclair, La Rafle des notables, Grasset, 2020.

[33] David Rousset, L’Univers concentrationnaire, Éd. du Pavois, 1946 ; Éd. de Minuit, 1965 (chap. VIII, « J’étends mon lit dans les ténèbres »).

[34] Voir http://cocluses.org/gallice/index.htm

[35] « Arrêté du 6 octobre 1987 relatif à l’apposition de la mention “Mort en déportation” sur les actes ou jugements déclaratifs de décès », Journal officiel, 13 novembre 1987, p. 13231.

[36] Le Droit, 31 juillet 1873, p. 736.

[37] Textes retrouvés, éd. Ph. Kolb, Gallimard, coll. « Cahiers Marcel Proust », n° 3, 1971, p. 292-295.

[38] Claude Carras, « Ceux qu’ils ont tués. André Arnyvelde », Gavroche, 8 février 1945, p. 3.

[39] Michel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000, p. 236 (« Allocution prononcée aux obsèques d’André Arnyvelde »).

[40] « Arrêté du 6 octobre 1987 relatif à l’apposition de la mention “Mort en déportation” sur les actes ou jugements déclaratifs de décès », Journal officiel, 13 novembre 1987, p. 13231.

[41] René Cahen, « Le théâtre », Archives israélites, 93e année, n° 41, 13 octobre 1932, p. 163.

[42] « Israël avant Israël », in Les Intellectuels français et Israël, Denis Charbit (dir.), Éd. de l'Éclat, coll. « Bibliothèque des fondations », 2009, p. 9-27.

[43] « Le “profil assyrien” ou l’antisémitisme qui n’ose pas dire son nom : les libéraux dans l’affaire Dreyfus », Études de langue et littérature françaises (Kyoto), n° 28, 1997 ; Nichifutsu Bunka (Tokyo), n° 63, 1998.

[44] Jeanne Bem, « Le juif et l’homosexuel dans À la recherche du temps perdu. Fonctionnements textuels », Littérature, n° 37, février 1980, p. 100-112.

[45] Voir Naomi Diamant, « Judaism, Homosexuality, and Other Sign Systems in À la recherche du temps perdu », Romanic Review, vol. 82, n° 2, 1991, p. 179-192 ; Jonathan Freedman, « Coming Out of the Jewish Closet with Marcel Proust », art. cit.

[46] Proust, lettre à Paul Souday, [17 décembre 1919], Corr., t. XVIII, p. 535-536.

[47] RTP, t. IV, p. 458.

[48] Alexandre Weill, Ma jeunesse, Dentu, 1870 (Mon enfance, Mon adolescence, Réginèle mon premier amour) ; 1888 (avec Mes années de Bohème).

[49] Robert Dreyfus, Vies des hommes obscurs. Alexandre Weill, ou le Prophète du faubourg Saint-Honoré, 1811-1899, op. cit., p. 26-27.

[50] RTP, t. IV, p. 482.