Joseph, une figure pour les clercs (XIIᵉ-début XVIᵉ s.)

Bien avant de devenir une référence pour les pères de famille ou pour les artisans, avant même que sa sainteté ne soit pleinement reconnue, Joseph a intéressé quelques hommes d’Église, théologiens ou religieux, qui ont trouvé en lui une figure propre à inspirer leur manière de vivre et à stimuler leurs attentes réformatrices. Déjà présente dans l’exégèse biblique du XIIsiècle, l’idée se retrouve développée en images au siècle suivant sur de grandes bibles moralisées, signe de sa diffusion au-delà des cercles scolastiques. Elle est ensuite mobilisée de manière originale par des réformateurs exigeants : quelques franciscains d’abord, puis Jean Gerson et ses amis au temps du Grand Schisme. C’est ainsi une image militante qui émerge de l’humble figure de Joseph, dont la vivacité est encore sensible à l’aube de la Réforme, sous la plume d’Isidore Isolani. Gardien et protecteur de la Vierge, donc de l’Église, premier témoin et premier prédicateur de l’Incarnation, le père terrestre du Christ ébauche un modèle nouveau pour une Église en crise et même pour le pouvoir pontifical, comme si la vieille figure de saint Pierre ne suffisait plus.