— Obéissance

Obéissance

Je suis l’enfant d’une génération qui crut avec don Lorenzo Milani que L’obéissance n’est plus une vertu (L.E.F., 1967). Un groupe d’aumôniers militaires toscans avait, en 1965, qualifié d’« insulte » à la Patrie l’« objection de conscience ». Don Milani réagit avec ce pamphlet et fut traduit devant la justice, quoiqu’existât la loi du 8 novembre 1966, n° 1033, « relative à l’ajournement et à la dispense du service militaire pour les citoyens qui font un service volontaire civil dans des pays en voie de développement » (loi Pedini). Avec le temps, le service civil ne fut plus une exception et, à partir du 1er janvier 2005, on mit fin, en Italie, au caractère obligatoire du service militaire.

L’obéissance n’est cependant pas l’effet d’un ordre, mais un consentement avisé. Obéir n’est pas servir, comme l’observe Étienne de la Boétie : « cela est hors de doute que si nous vivions avec les droits que la nature nous a donné et avec les enseignements qu’elle nous apprend, nous serions naturellement obeissans aux parens, subjects à la raison, et serfs de personne » (Discours de la servitude volontaire). Montaigne, qui était son ami, pousse le raisonnement jusqu’à ses ultimes conséquences : « La religion Chrestienne a toutes les marques d’extreme justice et utilité ; mais nulle plus apparente, que l’exacte recommandation de l’obéissance du Magistrat, et manutention des polices. Quel merveilleux exemple nous en a laissé la sapience divine, qui, pour establir le salut du genre humain et conduire cette sienne glorieuse victoire contre la mort et le peché, ne l’a voulu faire qu’à la mercy de nostre ordre politique ; et a soubmis son progrez, et la conduicte d’un si haut affect et si salutaire, à l’aveuglement et injustice de nos observations et usances : y laissant courir le sang innocent » (Essais, I, 23 : De la Coustume et de ne Changer Aisément une Loy Receue).

On n’est pas obéissant, on le devient (« oboediens factus », comme le dit l’épître aux Philippiens, II, 8), non seulement par discipline et humilité, comme le suggèrent les lois monastiques, mais aussi par le fait de ne devoir consentir qu’à des principes devenus sa propre vertu, sur laquelle a admirablement médité, du plus profond de sa prison, le comte de Monte-Cristo : « Si dehors il y a le passé, peut-être que le futur se concentre dans le point le plus intérieur de l’île d’If, c’est-à-dire que l’issue est une voie vers le dedans » (Italo Calvino, Le Comte de Monte-Cristo, 6). Vivre-ensemble (même dans l’espace réduit d’un appartement) en ne cherchant plus l’« événement », qui vient du dehors : « Fantasmer le Vivre-Ensemble comme quotidienneté : refuser, rejeter, vomir l’événement […]. Prescriptions de Pacôme : aucune intrusion des nouvelles dans la communauté » (Roland Barthes, Comment vivre ensemble), sinon l’être ici, à l’écoute.