Biographie

Juriste historien, Dario Mantovani est né en 1961 à Milan (Italie). Sa formation en lycée classique a préludé aux études de droit. Il a parcouru dans différentes universités italiennes (Trente, Parme) une carrière de chercheur et d’enseignant, avant de devenir professeur de droit romain à l’université de Pavie (à partir de 1997).

Il étudie le droit romain en tant que technique de pensée, outil de gouvernement des rapports sociaux, mais aussi comme expression de la société romaine dont il garde les empreintes culturelles. Ainsi, sa méthode consiste à comprendre le droit romain du point de vue de la société qui l’a produit, c’est-à-dire tel qu’il a été pensé, vécu et traduit dans des textes.

Si l’on considère l’emprise que le droit romain a exercée à partir du XIsiècle en Europe, comprendre ce riche patrimoine interprétatif – qui formalise les faits sociaux et résout les conflits à travers une argumentation guidée par des choix de valeurs – signifie – c’est le cœur de son engagement – se réapproprier un élément fondamental de la tradition juridique européenne et s’exercer, aussi pour notre temps, à une technique de solution raisonnée des conflits.

Une approche interdisciplinaire au service de l’histoire de la pensée juridique romaine

Son approche transdisciplinaire l’a conduit à envisager les œuvres des juristes romains en tant que littérature. Il s’agit de comprendre la pensée juridique en tenant compte de sa forme littéraire, sans pour autant négliger le savoir technique qu’elle constitue. Une monographie, fruit de cette approche, a été publiée en juin 2018 aux Belles Lettres (Les Juristes écrivains de la Rome antique. Les œuvres des juristes comme littérature). Son objet est double : montrer les apports culturels qui ont nourri la pensée juridique romaine ; inviter à lire ces textes comme des exemples élégants de la prose latine, caractérisés à la fois par la densité de la pensée et la précision de l’expression.

Depuis 2014, il dirige le projet ERC Advanced Grant REDHIS « Rediscovering the Hidden Structure. A New Appreciation of Juristic Texts and Patterns of Thought in Late Antiquity », portant sur la présence dans l’Antiquité tardive (IIIe-VIsiècles) d’une « structure cachée », constituée par le droit élaboré par les juristes romains. Ce travail réunit papyrologues, paléographes et juristes et a permis de découvrir, dans plusieurs collections papyrologiques américaines et européennes, de nombreux fragments d’œuvres des juristes romains jusque-là inédits, qui seront présentés dans ses séminaires. Ces textes démontrent que, alors même que les juristes n’écrivent plus d’œuvres nouvelles à partir de la fin du IIIsiècle ap. J.-C., les écrits précédents ont continué à circuler et à être lus durant l’Antiquité tardive. L’idée d’un déclin de la culture juridique est ainsi remise en cause.

Penser le droit romain à travers l’histoire

Auteur de plus de 120 publications scientifiques, il s’est notamment intéressé à l’histoire des sources, à la pensée des juristes et à sa transmission, au procès, privé et criminel et aux rapports entre langue, rhétorique et jurisprudence.

La dimension historiographique est inséparable de sa démarche de juriste historien. À partir du XIsiècle, le droit romain – sous la forme du Corpus Iuris Civilis de Justinien – a constitué la base de l’enseignement de droit dans plusieurs pays européens. Les différentes interprétations dont le droit romain a été l’objet dans le temps long constituent à la fois un axe important de l’histoire de la culture juridique médiévale et moderne, et un défi pour le chercheur. Au fil des siècles, les sources juridiques romaines ont été interprétées à l’aune des nécessités contemporaines et d’un contexte culturel tout autre : la compréhension de ce processus est donc nécessaire pour prendre conscience de ce qui souvent conditionne notre lecture du passé. Se tourner vers le passé sous l’impulsion d’exigences du présent n’était d’ailleurs pas étranger aux Anciens eux-mêmes : d’où une autre perspective qui caractérise le travail de Dario Mantovani, à savoir l’enquête sur les façons qu’avaient les Romains de percevoir l’histoire de leur droit.

En raison de la place centrale que le droit romain a occupée dans la naissance des universités et dans leurs traditions disciplinaires, la longue histoire de l’université de Pavie a représenté un pan important de ses recherches. Il préside le CeSUP (Centro per la Storia dell’Università di Pavia – Centre pour l’histoire de l’université de Pavie) depuis 2007, et il dirige un ouvrage collectif Almum Studium Papiense. Storia dell’Università di Pavia depuis 2012. Il a présidé le comité pour les manifestations scientifiques à l’occasion du 650anniversaire de la fondation de l’université.

La transmission des savoirs

Il est fondateur et directeur du Cedant (Centro studi e ricerche sui diritti antichi – Centre des études et de la recherche sur les droits antiques). Depuis 2003, dans ce cadre, se sont tenues treize éditions du « Collège des droits de l’Antiquité » (« Collegio dei diritti antichi »), d’une durée d’un mois et d’une fréquence annuelle puis biennale à partir de 2016, qui ont réuni environ 195 élèves depuis 2003 (provenant d’Europe, des États-Unis, d’Amérique du Sud et du Japon). En est issue une collection de 13 volumes, fruits de cette activité didactique et de recherche. Enfin, il a initié dans la faculté de droit de Pavie l’enseignement de la « langue du droit » dans une perspective interdisciplinaire de formation professionnelle par le biais d’une maîtrise des outils d’analyse linguistique.

Depuis 2016, il est en charge du cours d’histoire des institutions de l’Antiquité tardive, Bachelor of Arts en “Lingua, letteratura e civiltà italiana” –  Università della Svizzera Italiana (Lugano).

Codirecteur de la revue Athenaeum. Studi di Letteratura e Storia dell’Antichità (depuis 2000), il est membre des comités scientifiques de plusieurs revues européennes.

Il a reçu un senior scholar fellowship, Law School, Robbins Collection, University of California Berkeley (2007) et a obtenu une Cátedra d’excelencia (Banco Santander) à l’Universidad Carlos III de Madrid en 2014.

Depuis une vingtaine d’années, il a également développé une étroite collaboration avec les institutions françaises et a noué des liens avec leurs chercheurs. Il est actuellement membre associé de l’UMR 8210 ANHIMA - Anthropologie et histoire des mondes antiques, Paris (groupe de recherche Lepor – Leges publicae populi Romani), du conseil scientifique du Labex Hastec ainsi que du comité d’honneur de « Antiquité-Avenir. Réseau des Associations liées à l’Antiquité ».

Membre de l’Istituto Lombardo Accademia di Scienze e Lettere depuis 2009, il est également correspondant étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres depuis 2016.