Le fait urbain dans l'Asie centrale pré-islamique : approche diachronique, approche synchronique (suite) (résumé cours 09/04/2015)

Le « complexe cérémoniel », dans ce qui en a été fouillé, ne comporte pas de traces évidentes d’habitat permanent. La « galerie de peintures » du corridor ceignant le noyau central, où des inscriptions identifient certains personnages comme des rois, et comportant par ailleurs une scène de procession de chevaux, oriente décidément l’interprétation vers les grandes audiences du Nouvel An, avec peut-être un hommage rituel rendu aux ancêtres royaux (vénérés, comme tous les ancêtres, lors du cycle festif des Frawardīgān qui précède immédiatement). Le centre du complexe a livré un pied de trône en ivoire d’un décor beaucoup plus élaboré que tout ce qu’on connaît à Nisa et à Aï Khanoum ; en l’absence de fouille plus poussée deux possibilités restent ouvertes, celle d’un trône royal ou d’un trône d’autel du Feu. Enfin, la salle hypostyle qui sépare cette zone de l’entrée principale contenait des images peintes colossales[1], dont deux peuvent être identifiées comme des divinités zoroastriennes : Srōsh et une personnification des Fravashis. Là encore plusieurs possibilités se présentent : galerie complète de divinités calendaires, sélection de divinités associées au Nouvel An ?

L’autre bâtiment cérémoniel fouillé dans la ville haute, dont il occupe le centre, est une plateforme à laquelle on accède par une rampe, rappelant en plus monumental celles de Dingil’dzhe et de Pasargades (voir ci-dessus). Les fouilleurs proposent un lieu de culte public du Feu[2].

En l’état actuel de nos connaissances Akchakhan-kala s’offre à nous, peut-être exclusivement, comme le porteur d’un message politique, dont on peut supposer qu’il avait plusieurs destinataires : aux empires méridionaux s’adressait la monumentalité architecturale, le décorum ; à la steppe d’où était peut-être issue la dynastie[3], des regalia héritées (coiffes de type « Pazyryk », torques à spirales) ; au deux, la puissance militaire défensive. À ce complexe sémantique il faut sans doute ajouter la référence zoroastrienne, qu’au contraire on peine à détecter dans tout ce qu’on connaît de l’art achéménide et parthe.

[1] A. Betts, V.N. Jagodin, F. Grenet, F. Kidd, M. Minardi, M. Bonnat, S. Khashimov, “The Akchakhan-kala wall paintings: new perspectives on kingship and religion in Ancient Chorasmia”, Journal of Inner Asian Art and Archaeology, 7, à paraître.

[2] M. Minardi, G. Khodzhaniyazov, « The Central Monument of Akchakhan-kala: fire temple, image shrine, or neither? », Bulletin of the Asie Institute, 25, 2015, p. 121-146.

[3] Cf. le nom de personne très parlant Dhahakīnek « épée des Dahes ».