Musique informatique : de la synchronisation interprète / électronique à la partition algorithmique

Arshia Cont, chercheur à l’IRCAM[1], développe le système Antescofo pour l’interprétation de pièces mixtes homme/électronique, qui amplifie l’idée que l’électronique doit être finement dirigée en temps réel par les hommes. Après avoir présenté les problèmes informatiques liés à l’interaction homme/ordinateur, il a expliqué le cœur d’Antescofo, qui est un ensemble d’algorithmes qui assurent le suivi adaptatif et anticipatif de partitions en comprenant en temps réel comment les musiciens humains organisent et varient leur tempo et leur phrasé pour donner la musicalité souhaitée à l’œuvre, puis adaptent finement le jeu électronique à ce tempo dynamique. Ces algorithmes évolués sont issus du traitement probabiliste du signal et des neurosciences de la perception des sons et du temps, avec une modélisation hiérarchique des divers temps en jeu, du temps logiques de la partition aux micro- et macro-temps continus ou discrets de l’interprétation en passant par le temps propre de l’ordinateur. Les sons électroniques déclenchés par Antescofo sont calculés par le système Max/MSP, le standard du domaine, soit par traitement classique de signal, soit par modélisation physique d’instruments. Le déclenchement de ces sons informatiques est commandé par un langage algorithmique directement fondé sur nos idées de langages synchrones, qui permet d’associer aux événements temporels (notes, durées) et de contrôler des phrases musicales informatiques complexes. Un point difficile est le rattrapage des erreurs inévitables des instrumentistes ou du logiciel de suivi. Ce rattrapage d’erreurs est indispensable car, quoi qu’il arrive, the show must go on. Tout cela a été illustré en temps réel par des exemples et un dialogue entre le clarinettiste Jérôme Comte (Ensemble inter-contemporain) et l’ordinateur.

Antescofo est utilisé dans de nombreux concerts de musique contemporaine à travers le monde (dont toutes les œuvres récentes de P. Manoury et d’autres musiciens comme M. Stroppa), et très apprécié des compositeurs. Ce sera un laboratoire idéal pour les futurs travaux sur les partitions algorithmiques, dont le langage actuel d’Antescofo peut être vu comme un premier embryon.

 

[1]Institut de recherche en coordination et acoustique musicale.