Entre état et société : les pratiques d'association dans l'Empire Ottoman et la République Turque

La République turque se distingue des autres États-nations établis en terre d’Islam par la nature des relations nouées entre l’État et la société. L’Empire ottoman s’était organisé à travers une culture politique particulière fondée sur une nette séparation entre les tenants du pouvoir (insiders) et ceux qui en étaient exclus (outsiders). À l’âge classique, seule la classe dirigeante, pourvue de liens plus ou moins directs avec le Palais, participa à cette culture politique. À l’âge post-classique, le gouvernement central ouvrit l’accès à cette culture politique à d’autres groupes sociaux : les élites locales et les militias des provinces. Après la fondation de la République, la culture politique ainsi héritée de l’Empire ottoman a continué à jouer un rôle important dans le soutien accordé aux projets politiques de l’État-nation, sous le parti unique comme au temps du multipartisme. La même culture politique a ensuite sous-tendu le conflit entre les islamistes et les kémalistes. Les deux camps n’ont fait que maintenir la séparation entre insiders et outsiders avec ses contradictions, que ce soit dans leurs rapports avec l’autorité de la Constitution comme dans l’acceptation de l’égalité de tous devant la loi.