Henri Leridon Chaire de Développement durable-Environnement, énergie et société (2008-2009)

Présentation

Démographie, fin de la transition

Les principaux domaines de recherche d'Henri Leridon concernent la reproduction humaine (fécondité, stérilité, contraception), la dynamique des populations, les comportements sexuels dans le contexte du Sida et la famille (situations conjugales - mariage, cohabitation, etc. - et structures familiales).

Ses premiers travaux ont porté sur l'analyse de la fertilité des populations humaines, dans la lignée des recherches de Louis Henry sur les diverses composantes de la fertilité (fécondabilité, mortalité intra-utérine, stérilité du post-partum et stérilité définitive) et les moyens de les recombiner dans des modèles, en particulier par les méthodes de microsimulation (Monte-Carlo). Ces analyses, qui permettent de faire le lien entre les contraintes physiologiques de la reproduction humaine et l'effet des comportements individuels, sont d'abord fondées sur des données rassemblées sur des populations non contraceptrices, le plus souvent des populations du passé, qui se trouvaient en situation de fécondité naturelle. Mais l'intérêt majeur des modélisations proposées pour le processus de la reproduction est de pouvoir incorporer aussi les effets des divers moyens de limitation des naissances, et d'établir - par exemple - des relations entre le nombre des couples contracepteurs, l'efficacité des techniques utilisées et la baisse de la fécondité. Il importe alors de disposer d'informations fiables sur les pratiques des populations contemporaines, ce qui n'est possible qu'en recourant à des enquêtes : Henri Leridon a dirigé plusieurs enquêtes nationales et collaboré à plusieurs projets internationaux. Le report à un âge de plus en plus tardif de la première naissance suscite aujourd'hui des inquiétudes quant à ses conséquences possibles pour les couples (difficulté d'obtenir les enfants désirés) et pour le niveau global de la fécondité, conséquences analysables au moyen des mêmes modèles.

L'étude de la dynamique des populations est au cœur de la démographie. Dans le contexte de faible fécondité que connaissent les pays développés depuis la fin du XXe siècle, comme dans celui d'une croissance démographique encore forte, il n'est pas possible de fixer n'importe quel objectif à l'évolution démographique : ainsi, Henri Leridon a montré que le maintien d'un effectif strictement constant pour la population française pendant une longue période ne serait possible qu'au prix de larges oscillations de la fécondité. Il a aussi montré que le recours à l'immigration n'était pas une solution au vieillissement des populations. Les projets de réforme de plusieurs Académies scientifiques lui ont enfin donné l'occasion d'étudier l'évolution démographique de ces corps particuliers (Académie des sciences de l'Institut de France et Académie de médecine) et d'examiner leurs perspectives d'évolution selon diverses hypothèses de fonctionnement. Cette étude a conduit à plusieurs collaborations internationales sur le sujet.

On rapproche souvent le mouvement de la fécondité constaté dans les pays occidentaux de celui des structures et des normes familiales. Ces changements sont d'autant plus significatifs qu'ils portent sur ce qui est encore considéré comme un des fondements essentiels de l'organisation de nos sociétés et comme une valeur-refuge en période difficile : la famille. Dans ce domaine, il a fallu innover sur le plan des modes d'observation (la statistique courante devenant insuffisante) et parfois sur celui des concepts. Les enquêtes organisées à l'Ined par Henri Leridon ont permis de suivre et de mieux comprendre les changements intervenus.

Enfin, une composante souvent négligée des comportements de reproduction est l'activité sexuelle. Dans le contexte de l'épidémie de VIH-sida, il était devenu primordial de disposer de données fiables sur les comportements sexuels actuels. Mais il est essentiel d'évaluer la fiabilité et la sincérité des réponses obtenues, notamment quant à l'intensité de l'activité sexuelle et au nombre des partenaires. Henri Leridon a participé aux deux grandes enquêtes françaises de 1992 et 2005 et analysé plus particulièrement les problèmes de cohérence dans les données sur la fréquence des rapports et sur le nombre de partenaires, estimés sur plusieurs périodes.