Journée du centenaire de la mort de Ludwig Boltzmann organisé par Jacques Bouveresse, le 22 novembre

Ludwig Boltzmann

Né à Vienne en 1844, Ludwig Boltzmann s’est suicidé à Duino il y a un siècle, le 5 septembre 1906.

«À une époque où le mot “atome” tombe quotidiennement sous les yeux du lecteur de journal, le profane peut à peine se faire une représentation correcte de la difficulté que les pionniers de la physique atomique ont dû surmonter […] pour faire obtenir à la conception atomiste de la structure de la matière une validité reconnue par tout le monde» (E. Broda). Une ironie qui a quelque chose de tragique a voulu que ce soit dans les années qui ont suivi immédiatement sa mort que les idées pour lesquelles Boltzmann avait combattu et qu’il n’avait pas réussi à imposer lui-même l’ont emporté définitivement.

Boltzmann fut à la fois un des derniers grands de la physique classique et un des pionniers de la physique moderne. «Le Dieu par lequel règnent les rois est la loi fondamentale de la mécanique», déclarait-il en 1900, à une époque où la nouveauté et l’avenir étaient censés être représentée par l’énergétisme, et où il avait le sentiment d’être à peu près le dernier à oser encore défendre ouvertement le point de vue des Anciens. Mais son œuvre a également influencé de façon considérable la physique moderne, notamment à travers l’œuvre de Planck sur les quanta de lumière et celle d’Einstein sur le mouvement brownien.

Son rôle a été absolument déterminant dans l’évolution et dans le triomphe final de la théorie cinétique-moléculaire de la chaleur et de celle de la matière. Son nom est attaché, en particulier, à deux contributions décisives : la définition de l’entropie comme mesure mathématiquement bien définie de ce qu’on peut appeler le «désordre» des atomes, et l’équation de Boltzmann, qui, du point de vue historique, constitue la première équation décrivant l’évolution d’une probabilité dans le temps. Elle est utilisée aujourd’hui dans une multitude de domaines, à première vue bien différents et très éloignés de celui de la théorie cinétique des gaz (technologie, météorologie, finance, etc.)

Boltzmann présente la particularité d’avoir été, en physique, à peu près aussi doué comme expérimentateur que comme théoricien ; et il disposait, en outre, d’un avantage important sur ses adversaires de l’école énergétiste du fait de sa maîtrise bien supérieure des mathématiques. (Il a d’ailleurs occupé lui-même une chaire de mathématiques pures à l’université de Vienne de 1873 à 1876 et il a entretenu par la suite des relations suivies avec Felix Klein). Son œuvre constitue, en plus du reste, un lieu de rencontre privilégié entre les mathématiques pures et la physique ; et l’avenir lui a donné raison également quand il se demandait si certaines de ses créations les plus remarquables, dont la signification physique était contestée à l’époque, ne pourraient pas présenter un intérêt spécial pour les mathématiciens.

Il faut mentionner enfin la contribution majeure qu’il a apportée à la philosophie des sciences et qui commence seulement à être véritablement reconnue. On admet généralement qu’il a anticipé à la fois certaines des idées de base de l’épistémologie de Popper –_en particulier la conception évolutionniste de la théorie de la connaissance et de l’épistémologie appuyée sur la théorie de Darwin, dont il était un adepte passionné_– et certains aspects de la théorie kuhnienne des révolutions scientifiques. Et on sait, grâce à des manuscrits et à des lettres publiés récemment, qu’il a même essayé, dans les dernières années de sa vie, d’écrire un ouvrage de philosophie proprement dite. Il y a des raisons sérieuses de voir en lui un représentant de la tradition philosophique autrichienne, dont les idées ont pu influencer Wittgenstein et les membres du Cercle de Vienne, et présentent par moments une analogie assez remarquable avec certaines des thèses de la philosophie «analytique» ou «linguistique».

Dans cette journée de commémoration, qui réunit des représentants des mathématiques, de la physique, de l’histoire et de la philosophie des sciences, et de la philosophie tout court, on essaiera de rendre justice à quelques uns des aspects les plus importants de l’œuvre de Boltzmann et de l’héritage considérable qu’il nous a laissé.

Programme de la journée

Ludwig Boltzmann
  • 9h00 Ouverture
  • 9h15 Pierre-Louis LIONS
    (Collège de France)
    Boltzmann et la modélisation mathématique
  • 10h15 Pause
  • 10h30 Bernard DERRIDA (ENS)
    Le rôle des fluctuations en physique statistique
  • 11h30 Olivier DARRIGOL
    (CNRS – REHSEIS)
    Le va-et-vient entre les points de vue global et moléculaire dans les recherches thermo-statistiques de Boltzmann
  • 12h30 Déjeuner
  • 14h15 Alain CONNES
    (Collège de France)
    Temps et thermodynamique quantique
  • 15h15 Nadine de COURTENAY
    (CNAM et REHSEIS)
    La philosophie des sciences de Ludwig Boltzmann : une «aventure technique»
  • 16h15 Pause
  • 16h30 Jacques BOUVERESSE
    (Collège de France)
    Ludwig Boltzmann et le problème de l'explication dans les sciences
  • 17h30 Discussion générale