Jacques Bouveresse
Chaire de Philosophie du langage et de la connaissance (1995-2010)
Wittgenstein
WITTGENSTEIN : EXPERIENCE ET SUBJECTIVITE
Des manuscrits des années 30 aux Remarques sur la philosophie de la psychologie
Ce colloque s’est tenu au Collège de France (Paris) les 30 et 31 mai 2006. Il a été organisé sous la responsabilité de Denis Perrin et Jean-Jacques Rosat. On trouvera ci-dessous l’argument de ce colloque et les textes de plusieurs exposés qui y ont été donnés.
Argument
Comment le langage nécessairement public et commun (et éventuellement scientifique) peut-il se rapporter à l’expérience vécue réputée « privée », intérieure et subjective ? Quel est le statut des énoncés au moyen desquels nous décrivons nos sensations ou notre espace visuel, nos douleurs ou nos émotions ? Quel rôle y joue le mot « je » ? Quelle est sa grammaire et qui est-ce qui dit « je » ?
Ces questions, qui courent dans toute l’œuvre de Wittgenstein, ont été particulièrement centrales pour lui à deux étapes de sa carrière : entre 1929 et 1933, quand il cherche à élaborer par diverses voies une phénoménologie de l’expérience vécue ; entre 1946 et 1949, quand il tente d’acquérir une vision d’ensemble des concepts de la psychologie. Sous l’effet de la périodisation classique de la pensée de Wittgenstein en deux phases — l’une centrée autour du Tractatus, l’autre autour des Recherches philosophiques —, la singularité et la fécondité de ces deux moments ont été souvent sous-estimées par les études wittgensteiniennes. Mais on a plus encore négligé les liens étroits et complexes qu’ils entretiennent.
L'un des enseignements les plus clairs apportés par le Nachlass (intégralement accessible depuis quelques années seulement) est, en effet, que Wittgenstein procédait, dans son activité d'écriture, par reprises successives des mêmes séquences de remarques, soumettant celles-ci à des remaniements permanents : ainsi progressait son travail philosophique de ressassement thérapeutique. Or, parmi les strates qui jalonnent ce processus de reprise se distingue de façon exemplaire la réintégration à la fin des années 1940, dans le cadre des réflexions sur la philosophie de la psychologie, de concepts et d’images qui semblaient définitivement écartés après la critique à laquelle les avait soumises le rejet du projet phénoménologique de 1929. Quel sens donner à cette reprise particulière dans le parcours wittgensteinien ? C'est-à-dire aussi bien : comment doit-on penser le rapport de la critique de la phénoménologie à celle de la psychologie, à l’égard en particulier des deux questions de l’expérience et de la subjectivité ? Et qu'est-ce que cela nous apprend sur l'évolution de Wittgenstein depuis son « retour » à la philosophie en 1929 jusqu’à ses dernières pensées ?
Ce colloque s’est tenu au Collège de France (Paris) les 30 et 31 mai 2006. Il a été organisé sous la responsabilité de Denis Perrin et Jean-Jacques Rosat. On trouvera ci-dessous l’argument de ce colloque et les textes de plusieurs exposés qui y ont été donnés.ArgumentComment le langage nécessairement public et commun (et éventuellement scientifique) peut-il se rapporter à l’expérience vécue réputée « privée », intérieure et subjective ? Quel est le statut des énoncés au moyen desquels nous décrivons nos sensations ou notre espace visuel, nos douleurs ou nos émotions ? Quel rôle y joue le mot « je » ? Quelle est sa grammaire et qui est-ce qui dit « je » ?Ces questions, qui courent dans toute l’œuvre de Wittgenstein, ont été particulièrement centrales pour lui à deux étapes de sa carrière : entre 1929 et 1933, quand il cherche à élaborer par diverses voies une phénoménologie de l’expérience vécue ; entre 1946 et 1949, quand il tente d’acquérir une vision d’ensemble des concepts de la psychologie. Sous l’effet de la périodisation classique de la pensée de Wittgenstein en deux phases — l’une centrée autour du Tractatus, l’autre autour des Recherches philosophiques —, la singularité et la fécondité de ces deux moments ont été souvent sous-estimées par les études wittgensteiniennes. Mais on a plus encore négligé les liens étroits et complexes qu’ils entretiennent.L'un des enseignements les plus clairs apportés par le Nachlass (intégralement accessible depuis quelques années seulement) est, en effet, que Wittgenstein procédait, dans son activité d'écriture, par reprises successives des mêmes séquences de remarques, soumettant celles-ci à des remaniements permanents : ainsi progressait son travail philosophique de ressassement thérapeutique. Or, parmi les strates qui jalonnent ce processus de reprise se distingue de façon exemplaire la réintégration à la fin des années 1940, dans le cadre des réflexions sur la philosophie de la psychologie, de concepts et d’images qui semblaient définitivement écartés après la critique à laquelle les avait soumises le rejet du projet phénoménologique de 1929. Quel sens donner à cette reprise particulière dans le parcours wittgensteinien ? C'est-à-dire aussi bien : comment doit-on penser le rapport de la critique de la phénoménologie à celle de la psychologie, à l’égard en particulier des deux questions de l’expérience et de la subjectivité ? Et qu'est-ce que cela nous apprend sur l'évolution de Wittgenstein depuis son « retour » à la philosophie en 1929 jusqu’à ses dernières pensées ?
Exposés :
Bruno AMBROISE & Valérie AUCOUTURIERL'objectivité de la subjectivité : l'objectivation contre la grammaire (Ryle et Bourdieu vs. Wittgenstein et Anscombe sur la connaissance de soi).
Élise MARROU
Lecture d’une reprise particulière : le « son inarticulé » de Driesch.
Danièle MOYAL-SHARROCK
Wittgenstein et la certitude psychologique
Denis PERRIN
Une autre « reprise » ? Wittgenstein et la philosophie de la psychologie du début des années 30 à la seconde moitié des années 40. Le cas du concept de pensée
Jean-Jacques ROSAT
Les concepts grammaticaux et la description de l’expérience.
Ludovic SOUTIF
Description phénoménologique, reproduction iconique et propriétés spatiales des images mentales : la critique de Wittgenstein
Marc PAVLOPOULOS
Les usages pratiques de "je". Wittgenstein et Anscombe sur la 1ère personne
WITTGENSTEIN : LES IMAGES DE L'ESPRIT
Jeudi 10 avril 2008
9h – 9h30 : Ouverture.
9h30 – 10h45 : Denis PERRIN (Université Pierre-Mendès-France, Grenoble)
Ressemblance et synopsis : l’aveugle à la signification comme objet de comparaison.
11h00 – 12h15 : Wolfgang KIENZLER (Friedrich Schiller Universität, Iéna)
The psychological concepts from the Philosophical Grammar to the Investigations.
14h00 – 15h15 : Jean-Philippe NARBOUX (Université Bordeaux III)
La pensée aux dimensions de l’image.
15h15 – 16h30 : Élise MARROU (Université Paris X, EXeCO–Paris I)
“L'essentiel dans l'intention, c'est l'image”. La figurativité à l'épreuve de l'intentionnalité.
Vendredi 11 avril 2008
9h30 – 10h45 : Sandra LAUGIER (Université de Picardie-Jules-Verne, Amiens)
La voix est-elle une image de l’esprit ?
11h00 – 12h45 : Edoardo ZAMUNER (University of Edinburgh, University of Melbourne)
Wittgenstein on Perception, Emotion, and Expression.
14h00 – 15h15 : Joachim SCHULTE (Universität Zurich)
The Life of a Picture
15h15 – 16h30 : Jean-Jacques ROSAT (Collège de France)
Les paraphrases, images du langage et images de l’esprit.
16h45 – 18h00 : Ludovic SOUTIF (EXeCO–Paris I)
L’image du contenu. De sa critique grammaticale dans les années 1930 à sa réhabilitation partielle dans les Remarques sur la philosophie de la psychologie.
Argumentaire général et résumé de chaque intervention
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