La Russie comme « Nouvelle Amérique » avant 1914

Le premier seuil dans la chronique de l’américanisme correspond à la découverte d’une industrie déjà avancée par le chimiste confirmé Dimitri Mendeleïev et le jeune ingénieur de structures Vladimir Choukhov, souvent considéré comme un Gustave Eiffel russe. En 1877, ils visitèrent de concert l’Exposition du Centenaire à Philadelphie et en rapportèrent des rapports enthousiastes engageant leurs compatriotes à cesser de se centrer sur l’Angleterre, la France ou l’Allemagne pour trouver en Amérique des modèles de développement industriel. Après l’abolition du servage intervenu en 1861, et pendant que les ouvrages techniques, politiques ou éducatifs se multipliaient, comme ceux de Vladimir Korolenko ou d’Ivan Ozerov, la modernisation du pays fit appel à des entreprises comme Singer ou Westinghouse, tandis que le bassin minier du Donbass semblait figurer cette « nouvelle Amérique » à la fois exaltante et inquiétante.

Le contraste ne pouvait être plus radical avec la réaction qui fut celle de Maxime Gorki, dont le récit vengeur de son voyage désastreux de 1905 outre-Atlantique allait pour longtemps former le paradigme du discours antiaméricain, double permanent des attitudes célébratives.
Dans le champ plus précis de l’architecture, les revues professionnelles proposent à partir de 1880 une chronique régulière de l’aménagement des villes américaines et les constructions qui s’y rencontraient, à commencer par les premiers gratte-ciel de Chicago et New York.