La mission d'Ougarit et son héritage

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Un des chantiers historiques de l'archéologie levantine

rouleau religieux Ougarit

Photo : Empreinte de sceau-cylindre rs 5.085 fonds C. Schaeffer, Archives du Collège de France, © Collège de France

Ras Shamra, Ougarit, deux toponymes peu connus du grand public mais particulièrement évocateurs pour les spécialistes des civilisations anciennes. Leur lecture convoque nombre de sujets et d'idées : un site majeur du patrimoine syrien, accroché à l'une des anses portuaires parmi les plus favorables de la côte levantine ; les vestiges d'une ville méditerranéenne de l'âge du bronze récent dont l'urbanisme a été révélé par près de quatre-vingt dix années d'exploration ; une civilisation florissante du IIe millénaire avant notre ère, entre Anatolie et Égypte, entre Mésopotamie et Égée, que d'abondantes découvertes archéologiques et épigraphiques permettent de faire revivre ; un centre majeur d'échanges de la Méditerranée orientale au temps de la civilisation mycénienne, de l'empire hittite, du Nouvel Empire égyptien… ; l'invention d'un système d'écriture alphabétique transcrit au moyen d'une trentaine de signes cunéiformes ; le premier corpus de textes alphabétiques nous renseignant sur la diplomatie, l'économie, la vie quotidienne, la justice, la religion… d'un royaume syrien, prospère et marchand, au XIIIe et au début du XIIe siècle avant notre ère ; des joyaux de la littérature antique, légendes et poèmes mythologiques, des hommes, des femmes, anonymes, rois ou lettrés, tel le célèbre Ilu/imilku, auteur du texte donné en exergue… ; une cité détruite vers 1180 av. J.-C. au moment où le Proche-Orient et la Méditerranée orientale connaissent d'importants bouleversements d'ordre politique, social et économique marquant la fin de l'âge du bronze ; une civilisation ayant « produit » une riche culture matérielle et écrite dont l'étude apporte des éclairages significatifs pour mieux comprendre la culture et l'histoire des civilisations du Iᵉʳ millénaire, au Levant, et jusqu'à l'autre rive du bassin méditerranéen, en suivant le périple des Phéniciens.

Extrait du catalogue de l'exposition — page 10

Valérie MatoïanChargée de recherche au CNRS, UMR 5133 Archéorient, Université Lumière Lyon 2 – CNRS, Lyon, Mission de Ras Shamra