Situation de la recherche en France et en Europe

Éditorial

Jacques Glowinski

Administrateur du Collège de France (2000-2006),
et titulaire de la chaire de Neuropharmacologie (1983-2006)

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La recherche et le Collège de France

Pendant ces dernières années, des chercheurs, des personnalités politiques et des journalistes se sont inquiétés de l'écart grandissant entre les niveaux des recherches européenne et américaine ou japonaise. Les prises de position, articles ou rapports sur le déclin de la recherche française se sont aussi multipliés. Insuffisance des moyens, inadaptation des structures, absence de perspectives, difficultés d'adaptation au changement, tels sont les thèmes les plus souvent abordés. La crise était latente, elle a éclaté. La mobilisation des chercheurs et, notamment des plus jeunes, inquiets de leur avenir, a été déterminante. L'opinion publique a compris ce message. Le gouvernement a déjà pris certaines décisions urgentes et s'est engagé à entreprendre une vaste réforme en tenant compte des avis des acteurs de la recherche.

Il nous faut maintenant construire, et rapidement, car les enjeux sont importants. Donner une nouvelle dimension à la recherche de notre pays, mais aussi à l'espace de recherche européen, est non seulement un objectif mobilisateur pour la jeunesse, mais aussi un défi pour l'avenir.

Fidèle à ses traditions, le Collège de France s'est engagé dans ce combat indispensable pour redresser la situation de la recherche dans notre pays, mais aussi en Europe. Plusieurs actions ont été entreprises.

Les difficultés de la recherche ont été évoquées dès 2001 lors de nos rencontres avec le Président de la République, le Premier Ministre, plusieurs Ministres et leurs conseillers.

Un accord a été conclu avec trois fondations européennes pour favoriser le développement accéléré de la recherche européenne. Après en avoir informé le Président de la République et avec son accord, cette démarche s'est traduite par l'organisation d'un colloque international « Science et conscience européennes » qui aura lieu au Collège de France du 25 au 27 novembre 2004. L'organisation de ce colloque a été unanimement soutenue par les membres du Comité international d'Orientation Stratégique et Scientifique du Collège de France qui ont adressé une lettre collective au Président de la République.

Des colloques et réunions consacrés aux problèmes de la recherche ont été organisés par le Ministère de la Jeunesse de l'Éducation Nationale et de la Recherche, le CNRS et l'INSERM et se sont déroulés dans le centre de conférences du Collège de France.

Plusieurs professeurs ont fait part de leurs réflexions et de leurs propositions dans la presse et une série d'interviews de professeurs interrogés sur la crise de la recherche a été publiée dans plusieurs numéros de la Lettre du Collège de France qui est largement diffusée.

Enfin, après plusieurs réunions et une assemblée extraordinaire, les professeurs du Collège ont exprimé unanimement les principes généraux des réformes qui leur semblent indispensables dans un texte publié dans Le Monde.

C'est pour participer encore plus activement à ce débat sur l'avenir de la recherche, qu'il nous a semblé utile de publier un numéro spécial de la Lettre du Collège de France.

Ce numéro regroupe les prises de positions collectives ou individuelles des professeurs qui ont souhaité intervenir dans ce débat, et un article des représentants des très nombreux chercheurs et ITA du Collège de France qui ont très activement participé au mouvement « Sauvons la Recherche » et dont la mobilisation dynamique et efficace se poursuit. Cet important numéro spécial de la Lettre du Collège de France contient également le programme préliminaire du Colloque « Science et conscience européennes » qui aura lieu au Collège les 25, 26 et 27 novembre 2004.