Lettre n° 15

Éditorial

Jacques Glowinski

Administrateur du Collège de France (2000-2006),
et titulaire de la chaire de Neuropharmacologie (1983-2006)

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Le Collège de France a rencontré des difficultés inattendues avant les vacances de l'été : le financement de la nouvelle chaire de Création artistique était suspendu, l'achèvement de notre projet de rénovation était incertain et les négociations de notre contrat quadriennal 2005-2008 se prolongeaient.

Dès le mois de juin, des démarches ont été entreprises auprès du Premier Ministre, du Ministre de l'économie et des finances et des Ministres de l'Éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche pour tenter de résoudre ces problèmes. Nous avons aussi décidé d'organiser une réunion extraordinaire de l'Assemblée des Professeurs le 22 septembre pour évaluer la situation.

La chaire de Création artistique

MM. L. Ferry, Ministre de l'Éducation nationale, et J.-J. Aillagon, Ministre de la Culture et de la communication, avaient accepté en 2004 de financer conjointement cette chaire de Création artistique, chaire dont le titulaire - français ou étranger - serait élu pour une année.

Le changement de gouvernement a empêché la signature de cette convention. Si M. F. Fillon, nouveau Ministre de l'Éducation nationale, a immédiatement accepté les engagements de son prédécesseur, à notre grand regret, cela n'a pas été le cas du successeur de M. J.-J. Aillagon.

Nous étions prêts à compléter ce financement, mais pour des raisons techniques, notre proposition n'a pas été retenue par le contrôleur financier du ministère de l'Éducation nationale. Ce n'est qu'à la suite de nombreuses interventions, qu'un poste a été créé par notre ministère de tutelle, et la nomination de M. C de Portzamparc, premier titulaire de cette chaire, est enfin parue au Journal Officiel. Sa leçon inaugurale aura lieu le 2 février prochain. Bénéficier pendant une année de la présence de cet architecte et urbaniste dont la réputation a depuis longtemps franchi les frontières, ne peut qu'enrichir les enseignements du Collège.

L'achèvement de notre projet de rénovation

Commencé en 1991, dans le cadre de la mission des Grands travaux du Président de la République, François Mitterrand, notre projet de rénovation n'est pas encore terminé.

Consacrée à la rénovation des locaux d'enseignement du site Marcelin-Berthelot et à la création d'un centre de conférences, la première phase de ce projet a été inaugurée en 1998 par le Président de la République, M. Jacques Chirac, qui s'est engagé à soutenir le projet jusqu'à son terme.

Financés en grande partie par l'État, mais aussi par la mairie de Paris, les travaux de la deuxième phase sont en cours et devraient s'achever en septembre 2007. Le Collège disposera non seulement d'une bibliothèque générale littéraire et scientifique, de laboratoires de biologie complétant ceux de l'Institut de biologie, et de laboratoires de chimie, mais aussi d'une très belle cafétéria offrant une vue splendide sur Paris. Longuement retardée, la réalisation de cette deuxième phase de travaux n'a été décidée que grâce à l'intervention du Président Jacques Chirac.

De 1998 à 2005, pour ne pas perdre de temps et conforter l'effort de l'État, le Collège de France a financé sur ses fonds propres (environ 28 millions d'euros) plusieurs opérations. C'est ainsi que l'Institut de biologie, un amphithéâtre, les bureaux des professeurs littéraires et de l'administration, le salon de réception ont été rénovés. Il en a été de même des vastes locaux du site Ulm, opération longuement présentée dans le dernier numéro de la Lettre du Collège de France.

Achever ce projet de rénovation en 2009-2010 sans interruption entre les phases 2 et 3 était un objectif prioritaire du Collège. En effet, les laboratoires de physique et de physico-chimie du site Marcelin Berthelot devaient être rénovés depuis longtemps pour des raisons de sécurité, et il était nécessaire d'accroître les réserves de la bibliothèque générale. Nous souhaitions aussi créer un centre pour les nombreux savants étrangers venant enseigner et poursuivre des recherches au Collège de France. Les accueillir convenablement et leur offrir la possibilité de se réunir avec nos collègues des établissements ou universités partenaires semblait une nécessité.

Les négociations pour cette troisième et dernière phase ont commencé en 2003 mais n'ont réellement progressé qu'au début de l'année. En effet, M. J.-M. Monteil, le Directeur de l'Enseignement supérieur, nous a accordé 500 000 euros en janvier 2005 pour reprendre les études sans toutefois nous donner de garantie pour la suite des travaux. Quelques mois plus tard, le contrôleur financier du ministère de l'Éducation nationale refusait de signer l'autorisation de paiement, préférant que des assurances lui soient données pour la poursuite du projet, bloquant ainsi l'intervention de l'équipe de maîtrise d'œuvre et des bureaux d'études.

C'est avec le soutien du Premier Ministre, M. D. de Villepin, l'intervention de son conseiller scientifique et la participation des ministères intéressés que la situation a été finalement débloquée. Nous l'avons appris la veille de notre assemblée extraordinaire par une lettre de notre ministre, M. F. Goulard. Les études seront reprises immédiatement et les travaux devraient se dérouler sans hiatus jusqu'à la fin du projet en 2010. Notre stratégie scientifique dans les domaines de la physique et de la physico-chimie va donc pouvoir être mise en œuvre. Elle vise notamment à développer des recherches dans le domaine des nanotechnologies, à renforcer notre partenariat avec l'École normale supérieure, mais aussi à accueillir de jeunes équipes qui bénéficieront ainsi d'un environnement particulièrement favorable.

Encore quelques années de patience et d'efforts et le Collège de France disposera enfin de tous les moyens pour remplir ses missions et le rêve de 1991 deviendra une réalité.

Le contrat quadriennal 2005-2008

Établir un contrat sur plusieurs années entre le Collège de France, les directions du ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche, le CNRS et l'Inserm - nos organismes partenaires - était indispensable pour l'avenir. Il s'agissait pour le Collège de proposer des perspectives de développement et un budget. C'est ce qui a été fait dès l'automne 2003, plus d'une année avant la fin du précédent contrat quadriennal. Le rôle des directions du ministère et des organismes partenaires était d'évaluer ce qui avait été accompli, d'analyser les nouvelles propositions et de s'engager sur un budget reconduit d'année en année jusqu'au terme du contrat. Il fallait aussi assurer une autonomie suffisante à l'institution afin qu'elle puisse assumer pleinement ses responsabilités, ce qui est indispensable, et que nous réclamons depuis de nombreuses années. De plus, pour la première fois, nos autorités de tutelle disposaient depuis mai 2004, du rapport d'évaluation de notre Comité International d'Orientation Scientifique et Stratégique sur l'ensemble de nos activités.

Pendant ces dernières années, nous avons assisté à une mobilisation de la communauté des chercheurs et des universitaires, à de multiples interventions des media et de responsables politiques, et progressivement à la prise de conscience du public en faveur du développement de la recherche fondamentale et de l'innovation technologique indispensables pour l'avenir de notre pays. Le Collège est intervenu dans ce vaste débat en prenant position collectivement et en organisant à la fin de l'année 2004 le Colloque international « Science et conscience européennes ». Pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés, le gouvernement a pris la décision d'accentuer l'effort de recherche, mais aussi de proposer de nouvelles modalités d'organisation du dispositif de recherche. Dans ce contexte, une stagnation des moyens accordés aux différents établissements performants nous semblait impensable.

Force est de constater que notre contrat n'est pas encore signé et que nous ne disposons pas encore de la totalité de notre budget 2005, ce qui ne facilite pas la gestion de l'institution et ne favorise pas les indispensables programmations pour l'avenir.

Toutefois, après de longues et difficiles négociations et l'arbitrage encore une fois favorable de notre ministre, M. F. Goulard, notre budget a été finalement augmenté de 10 %.

Bien que ne répondant pas à toutes nos espérances pour dépasser enfin et significativement le niveau du budget 1992 (en euros constants), cette augmentation témoigne de la reconnaissance de la qualité de nos travaux ce qui est très appréciable dans la conjoncture économique actuelle. Elle nous permet de faire face à l'accroissement des dépenses d'infrastructure et d'augmenter de façon substantielle les crédits de recherche et d'équipement des chaires - notamment des chaires littéraires et de sciences humaines -, une nécessité. Grâce au soutien de la direction de l'Enseignement supérieur, la direction des affaires culturelles et des relations extérieures bénéficiera pour la première fois d'un budget en augmentation constante au cours des années jusqu'à la fin du contrat. Nos efforts de communication et de diffusion des savoirs seront ainsi amplifiés et il en sera de même des relations internationales. Enfin, les « équipes accueillies » qui complètent le potentiel scientifique du Collège, bénéficieront également pour la première fois d'un financement, celui-ci étant toutefois encore assez modeste.

Plusieurs facteurs sont à l'origine de la réussite de ces négociations. Les appréciations particulièrement élogieuses de notre ministre, M. F. Goulard, en sont le témoignage. Je me permets de citer deux passages de sa lettre du 21 septembre :

J'ai bien noté l'importance que revêt, pour le Collège de France, la continuité de l'opération de rénovation de l'ensemble immobilier qui le constitue.

Les arguments que vous avancez en faveur de cette continuité, tant en matière d'attractivité et de qualité propres au Collège, qu'en capacité contributive du Collège à favoriser une agrégation dans l'excellence au centre de Paris, sont à l'évidence très légitimes. S'ajoutent à ces considérations la position emblématique du Collège de France dans le dispositif français d'enseignement supérieur et de recherche, la haute considération dont jouissent ses membres en raison de leurs travaux, et les efforts remarquables accomplis récemment par le Collège pour amplifier son ouverture à l'Europe ainsi qu'aux domaines nouveaux de la création du savoir[...].

Comme vous l'avez compris, je souhaite que le Collège de France perçoive, dans les soutiens exceptionnels que lui apporte mon ministère, la volonté de ce gouvernement de reconnaître et d'encourager l'excellence.

Il ne nous reste plus qu'à poursuivre nos efforts avec ténacité et optimisme.