Lettre n° 6

Éditorial

Jacques Glowinski

Administrateur du Collège de France (2000-2006),
et titulaire de la chaire de Neuropharmacologie (1983-2006)

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Notre contrat quadriennal 2001-2004 a été enfin signé en juin dernier, 18 mois après le début du contrat à la suite de très longues et âpres négociations. Le CNRS et l'INSERM sont co-signataires. Les aspects financiers de ce contrat ont été présentés devant le Conseil d'Établissement et l'Assemblée des Professeurs. Je tiens néanmoins à rappeler que nos crédits scientifiques ont été augmentés, de même que les crédits de maintenance qui avaient été considérablement réduits pendant le précédent contrat. Toutefois, en dépit de notre insistance, les crédits d'infrastructure sont restés identiques à ceux des précédents contrats. Il devient donc impossible de faire face à toutes les dépenses de fonctionnement incompressibles (électricité, chauffage, climatisation, nettoyage, réseau, gardiennage, etc). Nous avons donc été dans l'obligation d'accroître les prélèvements sur les crédits scientifiques, ce qui est difficilement acceptable. Cette situation a de nouveau été longuement évoquée lors de la dernière Assemblée des Professeurs et une motion, destinée à nos nouvelles autorités de tutelle, a été votée :

« Lors de la réunion de l'Assemblée des Professeurs du Collège de France du 30 juin 2002, l'Administrateur du Collège de France a présenté l'évolution des crédits d'infrastructure attribués par l'État depuis 1990. Il est apparu que ces crédits, indispensables au bon fonctionnement de l'Institution et de ses laboratoires, n'ont pas évolué depuis 1992 en dépit d'un accroissement significatif des dépenses et d'une érosion monétaire non négligeable. À l'unanimité, l'Assemblée demande aux pouvoirs publics un réajustement immédiat de ces crédits d'infrastructure, afin que le Collège de France puisse poursuivre sa mission. »

Dès le début du mois de septembre, nous avons eu la possibilité d'exposer notre politique et nos difficultés à Monsieur Luc Ferry, le Ministre de la Jeunesse de l'Éducation Nationale et de la Recherche, à Madame Laudie Haigneré, la Ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies, et à certains de leurs collaborateurs. Nos Ministres souhaitent nous aider, la politique d'ouverture et de réforme entreprise par le Collège a été très appréciée et il nous a été indiqué que nos demandes seront examinées avec la plus grande attention. Dans un contexte économique peu favorable, ces réponses sont encourageantes. En attendant l'issue de ces nouvelles négociations, nous ne pouvons que faire face solidairement aux contraintes actuelles, tout en continuant à préparer l'avenir car le Collège doit finir son projet de rénovation entrepris depuis plus de dix ans et poursuivre ses réformes.

Nous devons continuer à mettre en évidence les spécificités de notre institution et convaincre nos interlocuteurs que les critères précédemment retenus pour fixer le montant de notre budget ne sont pas adaptés si l'on tient compte de nos diverses missions. Cela n'est pas nouveau. Mes prédécesseurs, Messieurs Y. Laporte, A. Miquel et G. Dagron ont aussi été confrontés à ce problème. Dans son dernier rapport, la Cour des Comptes nous a d'ailleurs recommandé de nous doter d'un comité d'évaluation chargé d'apprécier l'ensemble des activités du Collège. Un groupe de réflexion constitué de Messieurs X. Le Pichon, P. Kourilsky et P. Toubert a été mis en place. Ce projet a été longuement discuté par les Professeurs qui ont finalement voté le texte suivant au cours de l'Assemblée de mars 2002 :
« Pour tenir compte des difficultés de l'évaluation globale de ses missions, et des recommandations de la Cour des Comptes, le Collège de France se dotera d'un Comité International d'Orientation Scientifique et Stratégique (COSS) constitué de personnalités étrangères toutes extérieures au Collège de France. Il aura pour fonction d'analyser les orientations scientifiques et stratégiques du Collège de France et les conditions d'exercice de ses missions, afin de proposer des recommandations pour les améliorer. Il examinera la cohérence de la stratégie de l'institution en prenant en particulier en compte le choix et la distribution des chaires, la signification et l'exploitation de la multidisciplinarité, le regroupement par départements et l'adéquation des moyens de recherche aux objectifs recherchés. Tous les quatre ans, il fournira un avis sur le projet du plan quadriennal. Ce comité international d'orientation scientifique et stratégique sera mis en place avant la fin de l'année 2002 ».

Appréciée et approuvée par les ministres de tutelle, cette décision figure dans le contrat quadriennal. Ce projet a donc été immédiatement mis en œuvre. À la suite d'une large consultation des professeurs, 12 personnalités étrangères francophones ont été retenues par le groupe de réflexion COSS et le Bureau de l'Assemblée, et cette liste a été approuvée par l'assemblée du 30 juin. Cette liste sera diffusée dès que les réponses des personnalités invitées nous seront parvenues. Le Président et le vice-Président du COSS seront ensuite reçus au Collège pour organiser le travail du Comité qui se réunira en temps utile afin que son rapport soit transmis à nos autorités de tutelle lors des négociations du prochain contrat quadriennal.

La préparation des dossiers qui devront être communiqués aux membres du COSS représente une charge de travail supplémentaire. Je tiens déjà à remercier toutes les personnes qui vont s'impliquer dans cette démarche indispensable pour l'avenir de notre institution.

Je suis convaincu que les avis qui nous seront donnés seront bénéfiques et que l'image du Collège de France sera ainsi renforcée au niveau national et international. J'espère aussi que ce nouveau regard sur le Collège sera déterminant et que nous obtiendrons enfin les moyens nous permettant de mener à bien les missions qui nous sont confiées, que les chercheurs et personnels de l'institution assument quotidiennement avec rigueur et passion.