Sur un vers d'Hamlet - Vidéo du Pr Edwards

Réédition de la vidéo de sa leçon inaugurale (7 décembre 2000)

Une coproduction Collège de France - CNED

Extrait : « To be, or not to be, that is the question », « Être ou n’être pas, c’est là la question » : pourquoi ce vers, qui contient la phrase la plus célèbre de la littérature anglaise, exerce-t-il une telle force d’envoûtement ? Et en quoi peut-il nous aider, lorsque nous pensons à la spécificité de la littérature de langue anglaise, ou aux divergences entre les prosodies anglaise et française et à ce qui s’ensuit, ou au mode d’exister de nos deux langues et des peuples qui les parlent ?
Le vers n’a rien de l’attrait immédiat de ceux qui commencent les autres soliloques d’Hamlet (« Que fonde cette chair trop, trop souillée », ou « Oh ! quel gredin je suis, quel ignoble maroufle ! », ou « C’est l’heure des maléfices nocturnes » – c’est moi qui traduis), mais il est vrai qu’à certains endroits décisifs de son théâtre Shakespeare trouve ce qu’il cherche non pas en voyageant dans le pays des images mais en se concentrant dans la pure simplicité. La phrase suit même la forme sèche d’une question posée en vue d’un débat universitaire, à Wittenberg, par exemple, sauf toutefois que « la question » pourrait aussi faire allusion pour Hamlet à une torture, et suggérer le tourment que provoque cette interrogation plus que philosophique. Je remarque surtout qu’à des moments de crise intellectuelle ou affective, Shakespeare passe, dans ses pièces comme dans les Sonnets et souvent avec la puissance d’une révélation, de l’emploi courant et imperceptible du verbe être à son sens pleinement ontologique, et que dans le vers d’Hamlet ce petit verbe plus grand que l’univers, qui se tient à part dans la langue comme dans la métaphysique, atteint son expression absolue. Je crois que nous sommes fascinés par l’infini de ces deux infinitifs, comme par la présence d’une alternative au sein d’un monde ambigu, et entraînés dans l’abîme ouvert par l’affirmation de l’être suivie de sa négation. La question même est emplie de mystère et nous induit moins à chercher la réponse qu’à nous perdre ou à nous retrouver dans ses tours et ses retours...

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