Composer le son (et lui donner forme)

Cette communication entend évoquer une mutation essentielle de la modernité musicale : la création ne compose plus avec des sons, que des lois viendraient animer du dehors ; elle compose le son. Une telle mise en perspective historique, esthétique et théorique, empruntera ses exemples au sérialisme, au spectralisme, ainsi qu’à l’œuvre de Helmut Lachenmann et de certains de ses élèves. Diverses techniques contribuent à cette évolution : la combinatoire en soi, scindant ce son en plusieurs dimensions, dont la hauteur, la durée, l’intensité et le timbre ne dénotent qu’un premier stade de formalisation ; des modes de jeu inédits, incluant toutes les productions instrumentales bruitées ; des spectrogrammes, des sonagrammes et autres enregistrements numériques contribuant à une musique liminale, rendant manifestes les seuils de la perception et jouant de ceux-ci, mais aussi transitoire, radicalisant l’idée d’un son comme champ de forces et non comme objet inerte, et visant à sublimer son devenir formel. De sorte qu’il ne s’agit pas seulement de composer le son, mais de déduire de lui les formes de l’œuvre.