Vox ex-machina : la voix et ses doubles numériques

Voix et musique sont indissociables dans l’histoire des langues et de la musique : elles partagent le monde du sonore, à l’intérieur duquel les sons sont organisés et interprétés. La voix, par la parole, exprime le sens des mots, et le chant, rend possible l’expression artistique d’un au-delà du sens. La prosodie, souvent qualifiée de « musique de la voix parlée », par ses variations de hauteurs, de rythme, d'intensité, de qualité vocale, et de phrasé, permet de s’affranchir du sens strict des mots, permettant l'expression de nos sentiments et de nos émotions. Toutefois, l’analogie n’est pas totale et la voix demeure un instrument de musique à part : à la fois toujours porteuse de sens jusque dans son expression musicale, et en même temps irréductible aux systèmes linguistiques et musicaux par sa capacité à produire des sons inouïs.
Cette dualité voix/musique a été particulièrement à l’oeuvre au XXe siècle dans l’élaboration de nouveaux langages et moyens d’expression. Depuis la « poésie sonore » et le « parlé-chanté » au début du XXe siècle jusqu’à aujourd'hui, poètes, musiciens, et compositeurs ont balayé tout le spectre de la voix pour en explorer ses modes d'expression et formaliser son écriture. L'avènement des machines et des algorithmes a largement accéléré ce processus, rendant possible la réunification de la voix et de la musique au sein d’une expression qui transcende les mots et le sens. Cette présentation propose une traversée de la machinerie vocale des années 1950 à aujourd'hui, et sera l’occasion d’esquisser une lecture contemporaine des liens tissés entre les sciences, les technologies, et la création musicale.