Être ou ne pas être un pathogène, telle est la question

La coévolution a créé un « paradoxe immunologique » forçant l’hôte à conjuguer tolérance au microbiote commensal et rapide reconnaissance des microbes pathogènes. De ce fait, une question essentielle se pose : comment l’hôte discrimine un pathogène d’un symbiote ? La question est d’autant plus complexe que les molécules en charge de la reconnaissance innée des microbes reconnaissent essentiellement des motifs (PAMP) qui sont communs au monde procaryote (pathogène ou non), par rapport au monde eucaryote. Il apparaît maintenant clairement qu’au-delà de la reconnaissance de la nature procaryote de la cellule rencontrée (premier signal ou priming), l’hôte reconnaît un second signal, ou « signal de danger » qui est la marque de l’attitude agressive du pathogène. Ce « signal de danger » est très variable : libération massive d’ATP dans le milieu extracellulaire par les cellules engagées par le pathogène, perception d’altérations de la membrane plasmique de la cellule infectée induites par le contact du pathogène ou une toxine membranolytique, perception de la présence de bactéries ou de molécules bactériennes comme le peptidoglycane dans le cytoplasme cellulaire. Beaucoup de ces altérations convergent vers une voie de signalisation unique, l’inflammasome, dont l’activation entraîne l’activation de caspase-1, la maturation de l’IL-1 beta, une cytokine puissamment pro-inflammatoire et sa sécrétion dans le milieu extracellulaire. En retour, ces signaux de danger qui alertent sur la nature pathogène du microorganisme concerné aident aussi à l’orientation et à l’activation de la réponse immunitaire adaptative (effet adjuvant).