Biographie

Formé à la philosophie à l’École normale supérieure, puis à la sociologie à l’EHESS où j’ai fait mon doctorat sous la direction de Raymonde Moulin, j’ai commencé ma carrière de chercheur en 1978, comme attaché de recherche au CNRS, pour achever une thèse à la fondation Thiers, avant d’être recruté par le CNRS en 1981. J’y ai fait carrière jusqu’en mai 2013, puis j’ai rejoint le Collège de France. De 1993 à 2005, j’ai dirigé le Centre de Sociologie du travail et des arts (UMR EHESS CNRS). En 1994, j’ai été élu directeur d’études cumulant à l’EHESS, après y avoir enseigné les théories et les méthodes sociologiques depuis 1987. J’ai par ailleurs enseigné la sociologie de la consommation, des modes de vie et du travail pendant plusieurs années à l’IEP de Paris comme maître de conférence. Je suis en outre co-directeur de la Revue française de sociologie et membre du Conseil Scientifique de la Revue Économique.

J’ai consacré mes premières recherches et publications à la sociologie de la création et de la consommation musicales. Les arts ne suscitèrent pas, dans les sciences sociales, un ensemble réellement cumulatif et novateur de recherches, sur le plan théorique et empirique, avant les années 1960, mais ils avaient intrigué Marx, Durkheim, Simmel, Weber ou Dewey. J’ai abordé la musique en sociologue des professions, des conflits esthétiques et des mouvements d’innovation radicale, et des déséquilibres créés par le double schisme esthétique entre répertoire patrimonial et modernité d’un côté, dynamique autonome des recherches savantes et effervescence des créations populaires mises en marché par les industries culturelles, de l’autre.

Mon activité est devenue résolument pluridisciplinaire à la fin des années 1980, quand il m’a semblé fécond de rapprocher la sociologie de l’économie, du droit et de l’histoire pour chercher à renouveler l’analyse théorique et empirique du travail, des marchés et des modèles d’acteur dans les sciences sociales, notamment à partir de recherches sur des activités et des systèmes d’emploi qui exacerbent les paris sur l’innovation et déclenchent des inégalités de réussite considérables. Entre 1988 et 1995, j’ai dirigé, au CNRS, un Groupement de Recherche consacré à l’analyse comparée de la valeur artistique en sociologie et en économie. Avec les collègues impliqués, nous avons pris appui sur l’originalité que présentent les arts pour approfondir l’analyse des marchés, et celle des situations de travail et des comportements de consommation en faisant dialoguer sociologues, économistes et historiens.

Depuis le milieu des années 1990, mes principales recherches empiriques ont porté sur les marchés du travail, notamment à travers des enquêtes  et des analyses statistiques consacrées à l'étude des professions et du système d'emploi dans les arts du spectacle, sur les fragmentations du salariat, et, plus récemment, sur les carrières, les systèmes d’évaluation et la compétition professionnelle et scientifique dans l’enseignement supérieur et la recherche. J’ai proposé un modèle théorique d’analyse du travail dans un de mes ouvrages, Le travail créateur, dont la traduction paraît en 2014 chez Harvard University Press (en version abrégée) et chez Yilin Press en Chine.