Corruption et démocratie (séminaire du 24 février 2010)

Pourquoi les citoyens continuent-ils à accorder leur confiance à des acteurs politiques suspectés ou condamnés pour abus de fonction ? Telle est la question qu’a posée Pierre Lascoumes. C’est en général le terme générique de « corruption » qui est utilisé pour désigner ces comportements déviants, voire transgressifs. La relative tolérance dont ils bénéficient suscite des interrogations multiples. Il y a là une énigme des démocraties qui ne fait pas l’objet de beaucoup de débats, ni d’analyses de science politique. La question considérée comme marginale est en général vite éliminée. Ces comportements, sont hâtivement réprouvés en surface, et rapidement expliqués par le manque d’information, le cynisme intéressé ou la passivité des électeurs concernés. La « vraie » politique serait ailleurs et les situations atypiques ne mériteraient pas grande attention. Il n’y aurait rien à apprendre d’elle. La rapide dénonciation de pratiques jugées scandaleuses (la candidature considérée comme illégitime autant que son soutien populaire) se substitue le plus souvent à la réflexion.

La réflexion de Pierre Lascoumes a mis l’accent sur deux phénomènes. Tout d’abord, le niveau des ambiguïtés des citoyens dans les jugements qu’ils portent sur les activités politiques. Ils les voient comme normés par un ensemble de principes et de règles, et en même temps très poreuses aux abus de pouvoir et aux intérêts particuliers. Ensuite, quels que soient les contextes et les milieux sociaux, on observe un vaste répertoire de justifications et d’excuses qui neutralisent les comportements transgressifs des politiques et s’efforcent de rendre acceptables les comportements politiques déviants (voire délinquants), mais aussi le soutien que les citoyens continuent de leur apporter.

Pierre Lascoumes est directeur de recherche au CNRS (Centre d’études européennes, Sciences-Po). Il a notamment publié Le capitalisme clandestin, l’illusoire régulation des places offshore (avec Thierry Godefroy ; La Découverte, 2004) et Les sentinelles de l’antiblanchiment, les banques et la lutte contre l’argent sale (avec G. Favarel et T. Godefroy ; La Découverte, 2009).