La mondialisation de l'inégalité (séminaire du 23 février 2011)

François Bourguignon a montré qu’après un siècle d’accroissement des inégalités entre nations jusqu’aux années 1980, celles-ci se sont mises à diminuer de manière accélérée. Ce retournement historique, que l’on peut appréhender à partir de la comparaison des PIB par tête, des pouvoirs d’achat ou de la distribution des revenus relatifs, s’explique principalement par le découplage des trends de croissance entre pays développés et pays en développement. Ce retournement conduit à se demander si les inégalités au sein des nations (en augmentation) ne sont pas en train de se substituer aux inégalités entre nations (en diminution).

F. Bourguignon a invité à s’interroger sur les perspectives mondiales à moyen terme. Selon lui, l’égalisation mondiale est appelée à se poursuivre, en raison tant de la croissance lente des pays développés (à cause de leur niveau d’endettement public, de la régularisation du secteur financier et de la relocalisation imposée par l’ajustement structurel à la mondialisation) que de la croissance toujours rapide des économies émergentes – une croissance qui devrait être largement liée à celle du commerce mondial, en particulier Sud-Sud, et à l’apparition de marchés intérieurs considérables.

Trois questions demeurent ouvertes selon l’intervenant : le sort de l’Afrique (sa croissance devrait être surtout conjoncturelle en raison de l’absence de transformations structurelles), le risque de généralisation de l’explosion des inégalités intérieures sous l’effet de l’élévation des hauts salaires et l’écart croissant entre la perception des inégalités et leur réalité.

Revenant sur la question de la perception, la discussion a été l’occasion d’insister sur le fait que ce sont les écarts extrêmes, ayant souvent une pertinence statistique limitée, qui informent la vision que les citoyens peuvent avoir de leur société. Elle a également mis en évidence le déplacement des débats sur la justice, qui portaient hier sur la redistribution et portent désormais sur la distribution première. Enfin, a été posée la question du devenir, dans un cadre économique en stagnation, des démocraties, dont la prospérité est généralement associée à de grandes révolutions technologiques.

François Bourguignon est directeur d’études à l’EHESS et président de l’École d’économie de Paris. Il a notamment publié The Impact of Macroeconomic Policies on Poverty and Income Distribution (avec M. Bussolo et L. Pereira, Palgrave, 2008) et Itinéraires de l’économie mondiale. Entretiens avec F. Boutin-Dufresne (Nota Bene, 2010).