Voter à Rome : une pratique institutionnelle, un rituel politique et une certaine idée de la démocratie

Si Athènes est généralement considérée comme la référence pour étudier la démocratie antique, Virginie Hollard a montré que la vision commune d’une Rome oligarchique et d’un peuple romain dépolitisé était excessivement simplificatrice, même lorsque le regard se portait sur la période de transition entre la République et le Principat. Pour cette spécialiste de l’histoire romaine, l’acte de vote à Rome est déterminant pour l’activité citoyenne, notamment dans sa dimension rituelle.

Viriginie Hollard a d’abord insisté sur les caractéristiques du vote romain : la précision du protocole qui expliquerait la longévité de ce vote malgré les nombreux soubresauts politiques ; le vote par groupe (tribu ou classe censitaire) en lieu et place du vote individuel ; le rôle prépondérant du magistrat qui préside l’assemblée ; la représentativité limitée du vote due à l’absentéisme et au faible caractère démocratique des tribus et des classes censitaires. L’originalité de l’approche de l’historienne antiquisante tient surtout au déplacement de son interrogation sur la signification du vote. Selon elle, il ne s’agit pas tant de savoir si ce vote est efficace ou démocratique, l’enjeu central est son caractère symbolique : quelles que soient les modalités du vote et en dépit des soubresauts politiques, il demeure la meilleure manifestation de la sacralité du peuple, véritable force de légitimation. V. Hollard a rappelé l’ambiguïté essentielle du principat à cet égard : alors même que le pouvoir réel passe aux mains des imperatores, le peuple demeure l’instance ultime de légitimation. Lors de la transition de la République au Principat, qui a cherché à maintenir à tout prix la fiction du maintien du pouvoir au peuple, le vote aurait paradoxalement évolué de plus en plus vers son sens profond : un instrument capable d’octroyer la légitimité politique au pouvoir en place, même s’il demeure une simple formalité. Dans la discussion s’est posée la question de la validité d’une définition de la démocratie comme modèle de légitimation, au risque de perdre de vue sa substance et son historicité.

Virginie Hollard est maître de conférences en histoire ancienne à l’université Lyon II. Elle est notamment l’auteur de : Le rituel du vote. Les assemblées du peuple romain, CNRS éditions, 2010.