Professeurs disparus

Claude Lévi-Strauss

 
 

Chaire d'Anthropologie sociale (1959-1982)

Leçon inaugurale publiée sous le n° 31 (épuisée)
 
 
 
 

Présentation de son oeuvre

Les travaux de Claude Lévi-Strauss ont grandement contribué à susciter un nouvel essor de la recherche anthropologique et de l'ethnologie de terrain en France.
Son œuvre s'est progressivement révélée, en France et à l'étranger, comme la contribution majeure à l'anthropologie contemporaine. Ce sont d'abord les questions qu'elle pose et la manière dont elle les pose qui ont bouleversé profondément les perspectives antérieures, obligeant la plupart des anthropologues soucieux de rigueur scientifique, qu'ils soient ou non en accord avec elle, à considérer leurs objets très divers d'un regard neuf et à redéfinir des positions.
Nous serions tentés de dire qu’aucun anthropologue n'a exercé, jusqu'ici, un tel rayonnement intellectuel touchant toutes les disciplines qui s'intéressent à l'homme et à ses œuvres, si ce n’est Claude Lévi-Strauss lui-même qui, lors de sa leçon inaugurale le 5 Janvier 1960, n’eut de cesse de rappeler le nom de quelques grands maîtres tels Mrs Durkheim, Mauss ou bien encore Espinas dont disait-il « nous nous offrons le luxe d’oublier leur contribution ».

L’enseignement de sa chaire était indissociable des travaux de son laboratoire. Il concevait et organisait de nombreuses missions sur les différents continents. En 1959, Claude Lévi-Strauss rappelait que rien n’illustrait mieux cet aspect de son activité que la découverte en Terre de feu par un de ses membres, de la dernière indienne Ona, âgée alors de 95 ans, dont il avait capté sur bande magnétique l’ultime témoignage d’une culture qui fut jadis fameuse et qui était appelée à disparaître à son décès.

L’activité propre de la chaire avait une orientation théorique du fait même de son titulaire. Les ouvrages publiés par M. Lévi-Strauss, à partir de l’existence de la chaire, exposent des résultats dont on a toujours pu trouver la primeur dans son enseignement au Collège de France. Ainsi la substance de La Pensée sauvage, Le Totémisme aujourd’hui, provient des cours de l’année 61-62, le Cru et le cuit des cours de 62-63 , Du Miel au cendres de ceux de 63-64 etc.

Lors de son dernier cours au Collège de France, en 1982, Claude Lévi-Strauss concluait par ces mots : « L’ethnologie aura longtemps pour mission principale de recueillir tout ce qu’il est encore possible d’apprendre sur des croyances, des coutumes, et des institutions qui constituent autant de témoignages irremplaçables de la richesse et de la diversité humaine. Mais il est bon que les ethnologues, sans faillir à leur obligation première, se penchent aussi sur ces franges d’interférence où les informations provenant de sociétés les unes très proches, les autres très lointaines, s’annulent parfois et plus fréquemment se renforcent. C’est une des tâches de l’anthropologie d’aujourd’hui ; ce sera, davantage encore, une de celles de l’anthropologie de demain ».

 
 
 
 

Biographie

Claude Lévi-Strauss est né le 28 novembre 1908 à Bruxelles de parents français.
Licencié en droit et après des études de philosophie (Agrégation de philosophie en 1931, Doctorat ès lettres en 1948), il se tourne vers l’ethnologie.

Il enseignera deux ans aux lycées de Mont-de-Marsan et de Laon, avant d’être nommé membre de la mission universitaire française au Brésil, professeur à l'Université de São Paulo (1935-1938). De 1935 à 1939, il organise et dirige plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie.
Au cours de ces années, il va étudier les tribus indiennes de l’Amazonie. C’est le récit de ses voyages à l’intérieur de ces sociétés dites primitives qu’il racontera dans un livre paru en 1955 et qui le rendra célèbre : Tristes tropiques.

De retour en France à la veille de la guerre, il est mobilisé en 1939-1940. Il quitte la France en 1941 pour les États-Unis où il enseigne à la New School for Social Research de New York. Engagé volontaire dans les Forces Françaises Libres, il est affecté à la mission scientifique française aux Etats-Unis.
Il fonde avec H. Focillon, J. Maritain, J. Perrin et d'autres l'École libre des hautes études de New York dont il devient le Secrétaire général.

Durant son séjour new-yorkais, il s’attache à une réflexion théorique sur les systèmes de parenté et d’alliance matrimoniale. Il en fera le sujet de sa thèse qui paraîtra en 1949 : les Structures élémentaires de la parenté.

Rappelé en France en 1944 par le Ministère des Affaires étrangères, il retourne aux États-Unis en qualité de Conseiller culturel près l'Ambassade de France, fonctions dont il démissionne en 1947 pour se consacrer à son travail scientifique.
Il est nommé en 1949 sous-directeur du Musée de l'Homme, en 1950 directeur d'études à l'École pratique des hautes études, chaire des religions comparées des peuples sans écriture (Ve Section). Il appartient en même temps à la VIe Section de la même École, qui deviendra plus tard l’École des hautes études en sciences sociales.
Sur proposition du Pr Maurice Merleau-Ponty, il est élu en 1959, au Collège de France, à la chaire d'anthropologie sociale, qu’il animera jusqu’en 1982, tout en dirigeant le laboratoire d’anthropologie sociale, qu’il a fondé en 1960.

En 1961, il fonde avec Emile Benveniste et Pierre Gourou la revue scientifique française d’anthropologie « L'Homme » qui s'ouvre aux multiples courants de la discipline et à l'approche interdisciplinaire.

 
 
 
 

Distinctions

Élu le 24 mai 1973 à l'Académie française, Claude Lévi-Strauss est membre étranger de l'Académie nationale des sciences des États-Unis d'Amérique, de l'Académie et de l'Institut américains des arts et des lettres, de l'Académie britannique, de l'Académie royale des Pays-Bas, de l'Académie norvégienne des lettres et des sciences. Il est docteur honoris causa des Universités de Bruxelles, Oxford, Chicago, Stirling, Upsal, de l'Université nationale autonome du Mexique, de l'Université Laval à Québec, de l'Université Visva Bharati en Inde, de l'Université nationale du Zaïre et des Universités Yale, Harvard, Johns Hopkins et Columbia.


Décorations françaises et étrangères

* Grand-croix de la Légion d'honneur
* Commandeur de l'ordre national du Mérite
* Commandeur des Palmes académiques
* Commandeur des Arts et des Lettres
* Commandeur de l'ordre de la Couronne de Belgique
* Commandeur de l'ordre de la Croix du Sud du Brésil
* Ordre du Soleil levant, Étoile d'or et d'argent
* Grand-croix de l'ordre du Mérite scientifique du Brésil

Prix et Médailles

* Médaille d'or et Prix du Viking Fund, 1966
* Médaille d'or du CNRS, 1967
* Prix Erasme, 1973
* Prix de la Fondation Nonino, 1986
* Prix Aby M. Warburg, 1996
* Prix Meister Eckhart, 2003
* Prix international Catalunya, décerné par la Généralité de Catalogne, 2005

 
 
 
 

Principaux ouvrages

La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara, 1948.
Les Structures élémentaires de la parenté, 1949. Nouvelle édition revue et corrigée, 1967.
Race et histoire, 1952.
Tristes Tropiques, 1955. Nouvelle édition revue et corrigée, 1973. Édition définitive, 1984.
Anthropologie structurale, 1958.
Le Totémisme aujourd'hui, 1962.
• La Pensée sauvage, 1962.
Mythologiques*. Le Cru et le cuit, 1964.
Mythologiques**. Du Miel aux cendres, 1967.
Mythologiques***. L'Origine des manières de table, 1968.
Mythologiques****. L'Homme nu, 1971.
Anthropologie structurale deux, 1973.
La Voie des masques, 1975. Édition revue et augmentée, 1979.
Le Regard éloigné, 1983.
Paroles données, 1984.
La Potière jalouse, 1985.
Histoire de Lynx, 1991.
Regarder écouter lire, 1993.
Saudades do Brasil, 1994.
Saudades de São Paulo, 1995.
Race et histoire Race et culture, Paris, Albin Michel/Éditions Unesco, 2002 - Réédition

En avril 2008, il fait son entrée dans la prestigieuse collection Bibliothèque de la Pléiade.

 

 
 
 
 

Contributions et collaborations

- « Contribution à l’étude de l’organisation sociale des Indiens Bororo », Journal de la Société des américanistes, 28 (2) : 269-304, 1936.
- « On dual organization in South America », America Indígena, 4 (1) : 37-47, 1944.
- « L’analyse structurale en linguistique et en anthropologie », Word, Journal of the Linguistic Circle of New York, I (2) : 1-12, 1945.
- « La vie familiale et sociale des indiens Nambikwara », Journal de la société des américanistes, 37 : 1-132, 1948.
- « L'efficacité symbolique », Revue de l’histoire des religions, 85 (1) : 5-27, 1949.
- « Le sorcier et sa magie », Les Temps Modernes, 41 : 3-24, 1949.
- « Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss », in Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie. Paris, Presses Universitaires de France : IX-LII, 1950.
- « Le Père Noël supplicié », Les Temps Modernes, 77 : 1572-1590, 1952.
- « Les mathématiques de l'homme », Bulletin international des sciences sociales, 6 (4) : 643-653, 1955.
- « Les organisations dualistes existent-elles ? », Bijdragen tot de Taal-, Land-, en Volkenkunde, 112 (2) : 99-128, 1956.
- « Sur les rapports entre la mythologie et le rituel », Bulletin de la société française de philosophie, 50 (3) : 99-125, 1956.
- « La geste d'Asdiwal », Annuaire de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Sciences religieuses), 1958-1959 : 3-43, 1959.
- « Le problème de l'invariance en anthropologie », Diogène, 31 : 23-33, 1960.
- « L'anthropologie sociale devant l'histoire », Annales, 15 (4) : 625-637, 1960.
- « On manipulated sociological models », Bijdragen tot de Taal-, Land-, en Volkenkunde, 116 (1) : 45-54, 1960.
- « Jean-Jacques Rousseau, fondateur des sciences de l'homme », in Jean-Jacques Rousseau. Neuchâtel, La Baconnière, 1962.
- « Les limites de la notion de structure en ethnologie », in Roger Bastide, ed., Sens et usages du terme structure. La Haye, Mouton : 40-45, 1962.
- « The future of kinship studies. The Huxley Memorial Lecture 1965 », Proceedings of the Royal Anthropological institute of Great Britain and Ireland : 13-22, 1965.
- « Le triangle culinaire », L'Arc, 26 : 19-29, 1965.
- « Discours pour la remise de la médaille d’or du CNRS », Le Monde, 13 janvier : 9, 1968.
- « Comment meurent les mythes », Esprit, 39 : 684-706, 1971.
- « Réflexions sur l'atome de parenté », L’Homme, revue française d'anthropologie, 13 (3) : 5-30, 1973.
- « Structuralisme et empirisme », L’Homme, revue française d'anthropologie, 16 (2-3) : 23-39, 1976.
- « Nobles sauvages », in Culture science et développement : contribution à une histoire de l’homme. Mélanges en l’honneur de Charles Morazé. Toulouse, Privat : 41-55, 1979.
- « Culture et nature. La condition humaine à la lumière de l'anthropologie », Commentaire, 15 : 365-372, 1981.
- « L'adieu à la cousine croisée », in Les Fantaisies du voyageur, XXXIII variations Schaeffer. Paris Société française de Musicologie : 36-41, 1982.
- « Histoire et ethnologie », Annales, économies, sociétés, civilisations, 38 (6) : 1217-1231, 1983.
- « Du mariage dans un degré rapproché », in Jean Claude Galey, ed., Différences, valeurs, hiérarchie : textes offerts à Louis Dumont. Paris, Ed. de l’EHESS : 79-89, 1984.
- « Siamo tutti cannibali », La Repubblica, 10 octobre 1993.
- « La sexualité féminine et l'origine de la société », Les Temps Modernes, 598 : 78-84, 1998.
- « Apologue des amibes », in Jean-Luc Jamard, Emmanuel Terray, Margaritha Xanthakou, eds, En substances : textes pour Françoise Héritier. Paris, Fayard : 493-496, 2000.
- « La leçon de sagesse des vaches folles », Champ libre, 11 : 3, 2000.
- « Productivité et condition humaine », Etudes rurales, 159-160 : 129-144, 2001.
- « Figures en sablier » in Pierre Maranda, dir. The Double Twist. From Ethnography to Morphodynamics, Toronto, University of Toronto Press : 15-32, 2001.
- « De grées ou de force », L’Homme, revue française d’anthropologie, 163 : 7-18, 2002.
- « Préface » in Luis Donisete Benzi ed., Brésil indien : les arts des Amérindiens du Brésil, Paris : Éditions de la Réunion des musées nationaux, p.16-17, 2005.
- « L'ethnologue devant les identités nationales », in XVII Premi internacional Catalunya ,2005 Barcelone, Generalitat de Catalunya ; Paris, Académie Française, 2005.

 
 
 
 

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