Genèse et précédent historique

Alain Prochiantz et Thierry Mandon

Début 2016, le secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, alerté par la communauté scientifique et de recherche, se saisit de la question de l’accueil en France des chercheurs et des enseignants-chercheurs en provenance de pays où la situation politique ne leur permet plus d’exercer leur métier et met leur vie et celle de leur famille en danger.

En dépit d’un précédent historique datant de 1936, la France, contrairement à d’autres grandes démocraties (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne), était jusqu’alors dépourvue de dispositif d’aide aux scientifiques menacés.

Le 16 janvier 2017 est lancé un programme national, PAUSE, destiné à soutenir les établissements d’enseignent supérieur et les organismes de recherche publics s’engageant dans l’accueil de chercheurs étrangers menacés en leur versant des subventions de cofinancement pour le recrutement de ces derniers.

Conception

La conception de ce programme s’est appuyée sur :

-       Le rapport sur l’évaluation des besoins en matière d'accueil en France de chercheurs, archéologues et historiens de pays en conflit (Syrie, Irak, Yémen), dressé en janvier 2016 par Franck Braemer, directeur de recherche au CEPAM (Culture et environnement, Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge), Université de Nice Sophia Antipolis et directeur de la Mission archéologique française en Syrie du Sud ;

-       Les débats du colloque « La coopération scientifique franco-syrienne : Penser avec la Syrie d’aujourd’hui et construire la Syrie de demain » organisé à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) les 2 et 3 mai 2016 ;

-       Un dialogue avec la Conférence des présidents d'université (CPU) ayant pris position en défense des libertés académiques face aux attaques contre les enseignants ;

-       Les conclusions du « Rapport sur l’accueil en France des scientifiques en danger – Préconisations pour la création d’un dispositif national » de Liora Israël, Maîtresse de conférences de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Lors du colloque de rentrée « Migrations, réfugiés, exil » organisé par le Collège de France du 12 au 14 octobre 2016, Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a ainsi annoncé le lancement d’un programme d’aide à l’accueil de scientifiques en danger.

À cette occasion, la généticienne Edith Heard, Professeure au Collège de France, et le neurobiologiste Alain Prochiantz, Administrateur du Collège de France, réunissent à leurs côtés un ensemble de personnalités scientifiques et de la société civile pour constituer le comité de parrainage de ce programme. Ils signent tous ensemble une tribune publiée le 15 octobre 2016 sur Le Point.fr pour alerter l’opinion sur les enjeux et l’urgence de l’accueil en France des scientifiques en danger.

Lancement du programme national PAUSE

Le 16 janvier 2017, le Programme d’aide à l’Accueil des Scientifiques en Exil (PAUSE) est lancé officiellement à l’occasion de la signature d’une convention entre le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le Collège de France, qui pilote le programme, et la Chancellerie des universités de Paris, qui met des locaux à disposition de l’équipe.

Ce programme national, intégrant la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche et d’autres administrations concernées (ministère de l'Europe, des Affaires étrangères, ministère de l’Intérieur), reçoit une dotation initiale du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche d’un million d’euros, dotation amenée à être complétée par d’autres financements institutionnels et privés issus du mécénat et de la générosité publique.

Dès le 23 janvier 2017 est lancé le premier appel à candidatures qui suscite une forte mobilisation des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Il débouche sur l’attribution de subventions pour l’accueil de 25 chercheurs menacés, tous scientifiques de haut niveau, majoritairement originaires de Syrie et de Turquie.

Le 2 mars 2017, le Premier ministre Bernard Cazeneuve, accompagné du secrétaire d'État Thierry Mandon, lance au Collège de France le fonds de souscription sous l’égide de la Fondation de France, destiné à recueillir les dons privés au profit de PAUSE, affirmant un fort soutien à ce nouveau programme national. Une dotation publique complémentaire de 1 million d'euros est octroyée au programme.

En mai 2017, à l’issue d’un second appel à candidatures ayant permis le financement de 38 chercheurs supplémentaires, 63 enseignants-chercheurs peuvent être accueillis au sein d’une cinquantaine d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans toute la France.

Un précédent historique

Louis Rapkine (Crédit photo : Institut Pasteur / Archives Louis Rapkine)Crédit photo : Institut Pasteur / Archives Louis Rapkine

En 1936, sous le Front populaire, Louis Rapkine, issu d’une famille biélorusse ayant migré en France et au Canada, poursuit ses travaux à Paris et notamment au Collège de France. Étranger, les activités politiques lui sont interdites. C’est donc dans l’ombre qu’il crée le « Comité d'accueil et d'organisation du travail des savants  étrangers » avec l’appui de plusieurs scientifiques : Paul Langevin, Jean Perrin, Edmond Bauer, Frédéric et Irène Joliot-Curie, Jacques Hadamard…

Ce comité a pour mission d’accueillir des réfugiés universitaires juifs d’Europe centrale. Louis Rapkine trouve le financement nécessaire à son action qu’il étend aux réfugiés antifascistes venus d’Espagne et du Portugal. Le Comité est doté par le gouvernement mais fonctionne sur fonds privés pour lesquels l’obtention de la reconnaissance d’utilité publique par le Front populaire est fondamentale. Il reçoit des dons, notamment de la famille Rothschild, d’André Mayer, de Robert Debré.

La France en guerre, Louis Rapkine part dès 1940 à Londres puis à New York. Il y met en place un plan de sauvetage des scientifiques français et d’autres nationalités avec l’accord du général de Gaulle et le soutien de la fondation Rockefeller. À la sortie de la guerre, c’est de cette même fondation qu’il obtient un financement qui aide au redémarrage du CNRS, dirigé par Fréderic Joliot-Curie, et au retour en France et au Royaume-Uni des scientifiques exilés.