1978-1979

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Cours : « La préparation du Roman I : de la vie à l'œuvre »

Cette année a commencé une interrogation, probablement de longue durée, sur les conditions (intérieures) auxquelles un écrivain, aujourd'hui, peut concevoir d'entreprendre la préparation d'un roman. Il ne s'agit donc nullement d'analyser d'une façon historique ou théorique, le genre « Roman », ni même de collecter des renseignements sur les techniques dont différents romanciers d'autrefois ont usé pour préparer leurs romans. À la limite, il n'est même pas sûr qu'il s'agisse de « roman » : ce terme ancien a été choisi par commodité pour suggérer l'idée d'une « œuvre » qui dit son lien à la littérature d'une part et à la vie d'autre part. Le point de vue adopté est celui d'une fabrication, assumée par un sujet particulier : pour savoir ce que peut-être le Roman, faisons comme si nous devions en écrire un.

La première année de ce programme a été consacrée à la pratique initiale de toute écriture (romanesque ou poétique) : la notation. Qu'est-ce qu'on note de la vie, en vue de l'œuvre ? Comment est-ce que l'on conduit cette activité de notation ? Qu'est-ce que cet acte de langage qu'on appelle une notation ? Plutôt que d'interroger des « carnets de romanciers », on a préféré faire un long détour par une forme qui n'est nullement romanesque, mais qui apparaît, dans l'histoire universelle des littératures, comme l'accomplissement exemplaire de toute notation : le haïku japonais. On a donc principalement traité du haïku, non en spécialiste de son histoire, encore moins de sa langue, mais comme « forme brève », saisie à travers des traductions françaises récentes (principalement Munier et Coyaud).

Le haïku a d'abord été étudié dans sa matérialité (versification, typographie) et son désir (il y a un enchantement du haïku). Trois champs de notations ont été ensuite explorés : l'individuation des saisons et des heures ; l'instant, la contingence ; l'affect léger. On a, pour finir, indiqué deux limites au delà desquelles le haïku perd sa spécificité : le « concetto » et la narration. Passant, pour conclure, du haïku à des formes plus modernes et plus occidentales, on a évoqué les problèmes d'une pratique quotidienne de la notation et le rôle, semble-t-il, décisif de la phrase « formée » comme dynamique même de la notation.

 

Séminaire :« La métaphore du Labyrinthe : recherches interdisciplinaires. »

L'idée du séminaire était de choisir un mot apparemment très riche et d'en repérer le développement métaphorique, lorsque la métaphore est appliquée à des objets très différents. Il s'agissait donc de donner à réfléchir tout autant sur la notion de métaphore que sur le Labyrinthe lui-même.

Différents conférenciers sont venus apporter leur contribution à cette recherche, en dehors de tout programme rationnellement préconçu, et sans prétention d'exhaustivité : MM. M. Détienne, directeur d'études à l'École pratique des Hautes Études (Mythologie grecque), G. Deleuze, professeur à Paris VIII (Nietzsche), H. Damisch, directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences sociales (le Labyrinthe égyptien et l'échiquier), Mmes Claire Bernard et Hélène Campan, agrégées de l'Université (littératures russe et espagnole), MM. Pascal Bonitzer (Cinéma), H. Cassan, professeur aux Facultés de Droit de Lille et de Fès (la Médina de Fès), Mme F. Choay, professeur à Paris VIII (architecture), MM. J.L. Bouttes, maître-assistant à Paris X (Labyrinthe et Ruse), P. Rosenstiehl, directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (Mathématiques) et O. Mannoni (Labyrinthe et énonciation).

Au terme d'exposés très variés, on a remarqué que le Labyrinthe est peut-être une « fausse » métaphore, dans la mesure où sa forme est si topique, si prégnante, qu'en elle la lettre l'emporte sur le symbole : le Labyrinthe engendre des récits, non des images. Le séminaire a pris fin, non sur une conclusion, mais sur une nouvelle question : non pas : « Qu'est-ce qu'un Labyrinthe ? »ou même « Comment en sortir ? », mais plutôt :« Où commence un Labyrinthe ? » On rejoint ainsi une épistémologie (actuelle, semble-t-il), des consistances progressives, des seuils, des intensités.

R.B.