Présentation

[Pierre-Michel Menger]

1) Recherche sur le travail, l’emploi et les carrières de l’enseignement supérieur et de la recherche

L’analyse des carrières, de l’emploi, des rémunérations et des organisations de l’enseignement supérieur est beaucoup plus développée dans le monde anglo-américain qu’en Europe continentale. Mais les réformes européennes ont modifié la situation, en provoquant une différenciation du tissu universitaire et en rendant plus visible et plus intense la compétition intra- et internationale. Les changements qu’elles déclenchent remodèlent les carrières professionnelles de manière sélective, notamment en raison de l’inégale exposition des diverses disciplines scientifiques et des diverses générations d’enseignants-chercheurs à la concurrence internationale par la recherche. À côté d’une structuration des carrières en marché interne, les concurrences et les mobilités modifient l’architecture des organisations, l’allocation des tâches d’enseignement et de recherche, les principes d’évaluation de l’activité des individus et des équipes, et les niveaux et les mécanismes de rémunération et d’incitation à la productivité.

Le lien entre enseignement et recherche reçoit dans ce projet une attention toute particulière. De nombreuses analyses ont évoqué une tendance générale à la dislocation du lien enseignement-recherche. Les nouveaux modes de gouvernance de l'enseignement supérieur et le développement des services des ressources humaines dans les universités se traduisent, dans de nombreux pays, par une gestion différenciée des personnels académiques selon leur fonction principale (enseignement ou recherche). Des études sur les États-Unis, l'Australie ou le Royaume-Uni font le constat d'un découplage tendanciel de l'enseignement et de la recherche et d'un accroissement de la division du travail universitaire.

Cette évolution peut recevoir deux explications complémentaires. La première a trait à la morphologie de l'emploi académique : une partie de l'accroissement de la division du travail provient de l'augmentation de la part des postes monovalents (spécialisés en recherche ou en enseignement). La seconde explication renvoie à une perte d'importance de la régulation statutaire des fonctions au profit de dispositifs permettant d'individualiser les services annuels d'enseignement.

L'objectif général de la recherche actuellement conduite est d’analyser les transformations du lien entre enseignement et recherche en France, à partir d’importantes bases de données que nous construisons pour permettre d’étudier la carrière de la totalité des enseignants-chercheurs en activité entre 1984 et 2014. Les dimensions majeures de l’analyse sont la différenciation par disciplines scientifiques, la typologie des établissements universitaires, et les mécanismes de recrutement et de promotion dans l’emploi universitaire.

L’analyse devra s’étendre au dualisme instutionnel et à son impact sur les carrières – carrières en recherche dans les instituts de recherche, carrières en recherche et enseignement dans les établissements d’enseignement supérieur.

Une recherche plus spécifique porte sur certaines disciplines : la gestion et le management, les mathématiques et la philosophie.

Equipe de recherche :

Pierre-Michel Menger, Colin Marchika (EHESS & Collège de France), Simon Paye (OST-HCERES & Collège de France), Yann Renisio (Collège de France), Pablo Zamith (IEP Paris).

Partenariats avec Yves Gingras (UQAM, Chaire de recherche du Canada), Jacques Mairesse (INSEE-CREST) et Jean-Marc Schlenker (Université du Luxembourg).

2) Autres recherches en cours

– Avec Colin Marchika (EHESS & Collège de France) : Les grandes écoles, les recrutements d’étudiants et la diversification des voies d’admission – le cas des écoles de commerce.

– Avec Fabien Accominotti (LSE, Londres), La notoriété relationnelle et ses conséquences sur la carrière des artistes dans les arts du spectacle, 1986-2005.