Comprendre les symptômes de la schizophrénie

La schizophrénie est une maladie grave qui affecte environ 1 % de la population et est responsable de souffrances importantes pour les personnes atteintes et pour les soignants. Bien que des éléments de preuve importants assignent une base biologique à cette affection, le diagnostic repose toujours sur les symptômes qui comportent de manière caractéristique des hallucinations (perceptions fausses) et des illusions (croyances fausses). Au cours des dernières années, j'ai tenté de comprendre ces symptômes au niveau cognitif, au niveau neuronal et aussi au niveau de l'expérience : quel effet cela fait-il d'avoir de tels symptômes ?

Plusieurs des principaux symptômes de la schizophrénie semblent refléter une confusion entre les effets provoqués par le moi comme agent et les effets provoqués par des agents externes, par exemple lorsque le sujet entend ses propres pensées prononcées à haute voix, ou croit que des forces étrangères causent ses propres actions. Cette dernière expérience, qu'on appelle une illusion de contrôle, a été beaucoup étudiée. Ce symptôme est moins un trouble du contrôle de l'action qu'un trouble de la conscience de l'action, en particulier dans le sens de l'agentivité. On a d'abord fait l'hypothèse qu'il s'agissait d'un problème d'autocontrôle. Le patient n'a pas conscience de ses intentions à cause d'une défaillance de la décharge corollaire (ou de la copie de réafférence) chargée d'indiquer qu'un mouvement est sur le point de se produire. En conséquence, le mouvement est perçu comme provoqué par les forces externes.

Plus récemment, on a exprimé cette idée en termes d'un modèle prédictif (forward model). Quand nous effectuons une action, nous prévoyons les conséquences de l'action en termes d'effets comportementaux et sensoriels. De nombreuses expériences donnent des résultats compatibles avec l'idée que les patients présentant des illusions de contrôle ne peuvent pas faire ces prévisions. Au niveau neuronal, cette incapacité est associée à un dysfonctionnement du mécanisme chargé d'atténuer l'activité neuronale qui reflète les conséquences sensorielles des mouvements auto-générés. Ces observations impliquent que, pour un patient présentant des illusions de contrôle, un mouvement actif est véritablement perçu comme un mouvement passif.

Depuis quelques années, notre compréhension des fondements du sens de l'agentivité pour l'action a évolué. Elle repose en partie sur la prédiction et en partie sur les résultats de l'action. Des patients présentant des illusions de contrôle semblent être excessivement influencés par les résultats, vraisemblablement en raison d'échecs de prédiction. Toutes ces idées concernant les symptômes de la schizophrénie s'inscrivent très bien dans un cadre bayésien où les perceptions sont produites grâce à la prédiction et où différentes sources d'information sont pesées sur la base de leur fiabilité.

Mon propos est d'examiner si nous pouvons employer ce cadre pour élaborer une explication plus générale des symptômes de la schizophrénie. Dans un système bayésien, il n'y a pas de véritable distinction entre les illusions et les hallucinations dans la mesure où les perceptions et les croyances sont produites toutes les deux par la combinaison d'hypothèses préalables et de données nouvelles. Les erreurs de prédiction tiennent un rôle central dans ce système. Par rapport à la schizophrénie, une possibilité est que le problème soit lié à la production d'erreurs de prédiction. Si les erreurs de prédiction étaient fausses, la révision des perceptions et des croyances ne conduirait plus à des modèles mieux ajustés à la réalité. Au lieu de cela, les divergences augmenteraient et ceci mènerait à des reconceptualisations de plus en plus radicales concernant le véritable état du monde. Voilà peut-être l'effet que cela fait d'avoir les symptômes de la schizophrénie.