Réalité neurophysiologique du concept de mouvement syntaxique

Outre le concept de syntagme, pratiquement toutes les théories syntaxiques postulent l’existence de transformations syntaxiques qui permettent de déplacer un syntagme loin de sa position initiale. Ainsi, dans la phrase « Voici le facteur que le chien a mordu », l’objet « le facteur » s’est déplacé hors de sa position initiale, l’objet du verbe mordre. Les linguistes supposent que le syntagme déplacé laisse, à son point de départ, une sorte de pointeur (trace ougap).

La technique d’amorçage cross-modal a été utilisée par David Swinney pour démontrer la réalité psychologique du concept de trace. Pendant l’écoute d’une phrase parlée, au moment de la trace (ici, après « mordu »), on observe un amorçage d’un mot présenté visuellement et relié à l’antécédent de la trace (dans notre exemple, le mot « facteur » amorcerait un mot comme « courrier »). Il y aurait donc une réactivation interne de l’antécédent, causée par la trace.

Les linguistes distinguent différents types de mouvement syntaxique, tels que le mouvement « que » (wh-movement) pour la formation des questions, des relatives, ou la topicalisation ; le mouvement verbal (verb-to-C) ; et le mouvement argumental (A movement) utilisé dans les verbes inaccusatifs. Les études de Naama Friedmann sur l’acquisition de ces structures chez l’enfant et sur les erreurs de patients agrammatiques confirment que ces différents mouvements font appel à des niveaux hiérarchiques distincts de l’arbre syntaxique. La neuroimagerie confirme que le mouvement syntaxique fait, une fois de plus, appel au « noyau syntaxique » que forment les régions pSTS et IFGtri.

En conclusion, ce circuit pSTS-IFGtri semble jouer un rôle essentiel dans la représentation cérébrale des arbres syntaxiques. En effet, il s’active à chaque fois que le cerveau humain représente ou manipule un arbre linguistique, en proportion du nombre d’enchâssements (opération merge) et de la présence de mouvements syntaxiques (opération move). Son activité reflète également la présence d’ambiguïtés syntaxiques et la nécessité d’explorer l’arbre syntaxique. Il intervient à chaque fois qu’un bébé, un enfant ou un adulte apprend une langue naturelle, y compris la langue des signes. Enfin, sa lésion entraîne un agrammatisme qui se traduit par l’incapacité de produire ou de comprendre des structures syntaxiques complexes.