Le mot et la chose : polythéisme

Après avoir analysé les implications de l’usage du terme de « religion », il s’agit de procéder à un même type d’exercice pour le terme de « polythéisme ». Les différentes étapes de l’histoire du mot sont analysées, depuis l’usage unique de polytheos dans une tragédie d’Eschyle au Ve siècle avant notre ère jusqu’aux usages actuels du mot « polythéisme » dans les études sur la religion grecque antique, pour souligner la pluralité du monde supra-humain des Grecs. Entre ces deux temps, l’analyse porte sur l’usage de polytheos/polytheia chez Philon d’Alexandrie et les Pères de l’Église, puis sur les traités de Guillaume Budé qui récupère ces mots grecs en les translittérant en latin pour désigner l’idolâtrie et le paganisme antiques, tandis que Jean Bodin forge le terme français de polythéisme pour stigmatiser les hérésies chrétiennes. Ensuite, on assiste à un changement de paradigme, puisque le mot de polythéisme vient progressivement remplacer l’idolâtrie, en atténuant ainsi la charge négative que véhiculait ce mot hérité de la traduction grecque de la Bible. Enfin, la réflexion sur la religion et les religions menée par les différentes sciences humaines qui se mettent en place au XIXe siècle introduit le polythéisme parmi les étapes qu’aurait traversées l’histoire religieuse de l’humanité et le définit par contraste avec d’autres systèmes en –isme, comme l’animisme, le totémisme, le fétichisme, le monothéisme, etc., jusqu’à ce que la deuxième moitié du XXe siècle ne fasse de ce terme un outil en soi – et pas seulement par contraste – pour désigner les systèmes religieux qui peuplent la sphère supra-humaine d’une pluralité d’entités.