Résumé du cours du 28 mars

Les prescriptions rituelles épigraphiques ont longtemps été rassemblées dans la catégorie des « lois sacrées ». On lui préfère celle de « norme(s) », tant au singulier qu’au pluriel, dans la mesure où la notion permet de rendre compte, à la fois, du cadre large et englobant de la coutume traditionnelle non écrite et du caractère prescriptif de décisions collectives que des groupes ont choisi d’inscrire sur des matériaux durables, mais dont le statut n’est pas forcément « légal » au sens étroit du terme. Ce sont ces prescriptions sur des matières religieuses – c’est-à-dire essentiellement rituelles – qu’a l’ambition de rassembler le projet Collection of Greek Ritual Norms (CGRNS), sous la forme d’une base de données qui compte à ce jour 222 textes en accès ouvert (http://cgrn.ulg.ac.be).

C’est dans ce registre documentaire que sont attestés la plupart des « motifs » qui se tissent sur la trame du sacrifice grec. Dans un matériau abondant, le cas des viscères (splanchna), est tout particulièrement éclairant car cet ensemble d’organes internes des animaux de sacrifice fait partie des hiera, les « parts sacrées » qui sont prélevées sur la bête sacrifiée et ouvrent une sorte de canal de communication entre les hommes et les dieux. L’expression de cette communication connaît des variations locales, régionales, qui sont comme autant de paroles singulières au sein d’une langue partagée par tous. L’exemple de Milet, d’Halicarnasse et de Chios est invoqué par le biais des ventes de sacerdoces, tandis qu’un texte de Plutarque sur la vésicule biliaire atteste que la manipulation des viscères peut contribuer à identifier le destinataire divin de l’opération. Enfin, les viscères remplissent également une fonction divinatoire reconnue par les Grecs.