Résumé du cours du 5 avril

Une inscription de Sélinonte, en Sicile publiée en 1993 a ramené en pleine actualité de la recherche la figure des Tritopatores ou Tritopatreis. Au sens strict, le terme désigne les « troisièmes pères », les « pères de la troisième génération ». Leur nom est une manière d’évoquer la continuité d’une lignée, voire d’une communauté. Les Tritopatores de Sélinonte sont tour à tour qualifiés d’« impurs », avec un sacrifice « comme aux héros », et de « purs », avec un sacrifice de type theoxenia, en une manipulation de l’animal qui correspond à un sacrifice « comme aux dieux ».
A-t-on affaire à un seul groupe d’ancêtres, dont le sacrifice modifierait le statut, ainsi que l’avaient supposé les premiers éditeurs de l’inscription, ou bien s’agit-il de deux groupes distincts, recevant chacun le sacrifice qui lui convient ? Si l’on ne suit pas les premiers éditeurs qui considèrent que le sacrifice aux Tritopatores « impurs » les transforme en Tritopatores « purs », ils ont raison de n’y voir qu’un seul et même groupe, dont les épiclèses Miaroi et Katharoi renvoient à des facettes différentes de ces entités.
Le monde supra-humain des Grecs est peuplé de figures aussi nombreuses que complexes, et dont le statut n’est pas figé selon une catégorisation rigide où les frontières seraient claires et parfaitement étanches entre les dieux, les héros et les humains mortels. La plasticité du polythéisme se donne à voir aussi dans la fluidité et la porosité des limites que viennent sanctionner des rituels sacrificiels. Quant à la relation entre général et particulier, le cas des Tritopatores atteste l’existence d’une ambivalence de ces figures partout où elles sont honorées, tout en montrant que chaque communauté s’approprie cet arrière-plan partagé en le déclinant selon des modalités qui lui sont propres.