Amphithéâtre Maurice Halbwachs, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

L’apprentissage de la lecture et de l’écriture par les textes suivis : la coexistence du modèle classique et du modèle chrétien (1)

Partant du corpus que j’ai établi selon des principes que j’ai explicités, j’aboutis à une conclusion quelque peu opposée à celles des études récentes :

(1) Les textes classiques restent la norme jusqu’à la fin. Mais le répertoire de textes se rétrécit comme une peau de chagrin par rapport aux périodes précédentes.

(2) Les textes chrétiens, qui font une discrète apparition au IIIsiècle, deviennent bien visibles au IVe mais à un niveau nettement inférieur à celui des textes classiques. Ce n’est qu’au VIIsiècle qu’ils atteignent à peu près le même niveau que les textes classiques à la faveur d’une baisse de ces derniers.

(3) Durant toute la période, la sélection des textes proposés aux élèves n’est pas une question de religion puisque, sur une même tablette, ostracon ou papyrus, l’élève pouvait être amené à recopier des textes classiques et des textes chrétiens. Les deux cultures étaient donc susceptibles de se côtoyer dans le choix des textes, et ce de façon plus visible qu’avec les onomata.

L’apprentissage de la rhétorique : la quasi-absence du christianisme

Le corpus des éthopées (de loin l’exercice préparatoire à la rhétorique le plus attesté dans les papyrus) montre quant à lui qu’à quelques exceptions près, toutes les éthopées livrées par les papyrus ou les sources littéraires portent sur des sujets profanes.

La discrétion avec laquelle le christianisme transparaît dans les progymnasmata doit être d’abord mise sur le compte du conservatisme de l’enseignement de langue grecque, mais surtout du rejet, chez une partie des intellectuels chrétiens, d’une solution pédagogique hybride consistant à mixer une forme classique et un contenu chrétien. Comme l’écrit Socrate dans son Histoire ecclésiastique III 16, 17-18 : « les Écritures inspirées de Dieu enseignent des doctrines admirables et vraiment divines, elles inculquent à leurs auditeurs une grande piété et une vie droite, elles procurent à ceux qui s'y appliquent une foi agréable à Dieu, mais elles n'enseignent pas la logique, qui permet de réfuter ceux qui veulent combattre la vérité ». Autrement dit, l’art de raisonner n'est pas inculqué par les saintes Écritures mais par la paideia grecque, et il vaut mieux dissocier les deux et s’y former parallèlement plutôt que de tenter une vaine synthèse qui n’aboutirait qu’à une dénaturation réciproque.

En conclusion, la part du christianisme décroît dans l’enseignement au fur et à mesure qu’on en gravit les niveaux. Les listes de mots chrétiens ou les extraits de textes bibliques sont réservés à l’acquisition de savoirs élémentaires, quasiment mécaniques, à savoir l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Mais dès qu’il s’agit de raisonner et de donner à ce raisonnement une forme qui permette aussi bien de plaire que de persuader, on revient alors aux fondamentaux de la vieille rhétorique et de tout son arsenal d’images, de lieux communs, d’exemples empruntés aux auteurs archaïques et classiques.