Souleymane Bachir Diagne

Nul n’est mieux placé que les philosophes africains – pour des raisons qui tiennent à leur situation de multilinguisme – pour faire l’expérience du fait que l’on pense toujours dans une langue et à partir d’elle, c’est-à-dire que l’idiome dans lequel on s’exprime incline (sans nécessiter) à penser dans une certaine direction. On philosophe donc toujours « en langues ». Mon propos consistera à montrer que prendre conscience de cet état de choses c’est savoir penser entre les langues, de langue à langue, et donc penser en traducteur. Je soutiendrai que c’est là une des tâches du philosophe, particulièrement en Afrique.