Le projet de restructuration

Par Bernard Huet et Jean-Michel Willmotte, architectes
(extraits)

Le programme élaboré par le Collège de France se fixait trois objectifs :

— dans le bâtiment historique de Chalgrin la création d'un important ensemble d'amphithéâtres, de salles de séminaire situées dans les sous-sols, opération entraînant une restructuration des espaces du rez-de-chaussée (amphithéâtre, salle de cours, bibliothèque), et enfin la reprise des circulations verticales et l'aménagement du salon bleu au 1er étage ;
— la reprise complète des réseaux techniques irriguant l'ensemble des bâtiments du Collège ;
— la restructuration progressive des laboratoires de recherche.

Coulage de la dalle de la cour d'Honneur. Huit poutres perpendiculaires portent la dalle. Leurs armatures forment une sorte de damier dont les cases sont occupées par le coffrage des caissons du plafond du grand amphithéâtre.

Intervenant sur un édifice inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, il fallait transformer le bâtiment sans attenter à son intégrité originelle, c'est-à-dire opérer une greffe qui paraisse si naturelle qu'elle semble relever d'un phénomène de croissance organique.

Coulage du plancher faisant apparaître la pente du sol.

Depuis 1610, date de la pose de la première pierre, conservée au Collège de France, et peut-être même avant cette date, le bâtiment s'est reconstruit sur lui-même à partir d'un processus de recyclage très raffiné d'éléments préexistants.

Les deux escaliers d'honneur baignés par la lumière.

Dans le cas du Collège de France, il nous paraissait indispensable de comprendre la nature exacte du travail des architectes qui se sont succédé et les logiques de composition qu'ils avaient mises en œuvre pour obtenir un résultat d'une telle qualité. Travail de projet tout à la fois modeste et très ambitieux qui révèle une science extraordinaire dans l'art d'intégrer les parties conservées, de les transformer, d'absorber les irrégularités par de savants décalages et des déclinaisons subtiles. Art de créer à partir du « vieux » un projet chaque fois « nouveau », complet, cohérent et fini dont l'apparente harmonie fait oublier le travail de « bricolage » à partir duquel il a été élaboré.

Pour nous, conservation et innovation ne peuvent être dissociées comme les deux faces d'une même médaille. Il fallait d'abord retrouver la rationalité d'origine du bâtiment existant, quitte à en restaurer la lisibilité lorsque les additions intempestives en avaient brouillé l'image.

L'ensemble des choix architecturaux faits lors de nos études, fut donc de tendre d'une part à restaurer cette logique perdue et d'autre part à affirmer ce qui, de tout temps, a caractérisé cette institution : conservation, tradition et innovation.

Le grand amphithéâtre Marguerite de Navarre, de 420 places.

Tradition en respectant l'existant et la mémoire du lieu. Innovation en utilisant les dernières technologies et une mise en avant contemporaine de matériaux traditionnels. Regroupant ces deux notions, le thème de l'enracinement (retrouver ses racines, au sens propre du terme) est présent dans tout le projet. Il est exprimé par la prolongation, en sous-sol, des façades et de la structure existante du bâtiment (permettant de ce fait une rationalité évidente quant aux techniques de reprise des charges), et par la remise en état des voûtes, parfois superbes, dont la configuration ancienne ne permettait pas de profiter.

Les petits salons installés dans les anciennes caves du pavillon nord.