—— Marc Aurèle

Marc Aurèle

Pensées pour moi-même[1]

Ce journal de sagesse est entré dans mes lectures quand j’étais tout jeune, et il m’accompagne comme un modèle idéal de vie : « De ma mère [je retiens] la piété et la générosité ; l’habitude de s’abstenir non pas seulement de faire le mal, mais même d’en concevoir jamais la pensée ; et aussi, la simplicité de vie, si loin du faste ordinaire des gens opulents » (I, 3).

Ce livre de l’âme m’est encore plus présent dans ce temps funeste, nous invitant à contempler la mort mais aussi à goûter la saveur simple du pain : « Ainsi, les objets acquièrent je ne sais quelle grâce et quel attrait par les accidents mêmes qui leur surviennent. Par exemple, le pain, quand il cuit, crève sur quelques points ; et il se trouve cependant que les trous qui se forment et qui sont réellement des fautes dans l’art et le dessein de la boulangerie, présentent une certaine convenance et stimulent en nous l’appétit des aliments. C’est de même encore que les figues se fendent quand elles sont tout à fait à point, et que, dans les olives qui sont mûres, ce goût, qui annonce l’approche de la décomposition, ajoute au fruit une saveur toute particulière » (III, 2).

Savourons, accomplissons donc l’instant qui nous est concédé : « À toute heure, songe sérieusement, comme Romain et comme homme, à faire tout ce que tu as en mains, avec une gravité constante et simple, avec dévouement, avec générosité, avec justice ; songe à te débarrasser de toute autre préoccupation ; tu t’en débarrasseras si tu accomplis chacun de tes actes comme le dernier de ta vie » (II, 5).

Carlo Ossola

[1] Voir en ligne le lien suivant : https://fr.wikisource.org/wiki/Pensées_pour_moi-même