— Responsabilité

Responsabilité

Nous sommes dans une société qui se prive de la responsabilité. Dans le sens littéral de son étymon latin, la responsabilité est la capacité de répondre et, donc, d’assumer l’initiative d’un dialogue, d’un contact, d’une réponse à une demande. La première responsabilité est par conséquent l’écoute vigilante, afin de savoir – à chaque instant – ce qui nous est demandé. Nous vivons ainsi dans une société qui se prive de la capacité de répondre, puisque nous ne savons pas écouter ; nous renonçons à l’autre, nous nous privons de la véritable « responsabilité » du partage. Une société incapable de répondre, parce qu’incapable d’entendre, est irresponsable. Quand nous disons aujourd’hui, d’une manière de plus en plus appuyée et décidée : « Je prends mes responsabilités » l’affirmation laisse entendre : « Je prends mon pouvoir », « je décide », alors que dans son sens le plus profond, « je prends mes responsabilités » est l’équivalent de « j’assume mon devoir d’une écoute plus large, j’étudie les possibilités d’aller à la rencontre d’un plus grand nombre de gens ». Il s’agit là d’une responsabilité qui oblige, jusqu’au sacrifice : « Il n’eut pas besoin de cet écran contre le ridicule, que les autres cherchent dans une responsabilité répartie : il possédait une foi qui renonçait aux confirmations » (Dag Hammarskjöld, Jalons).

Les traditions chrétiennes fêtent – dans la période de Pâques – la plénitude de la responsabilité, de celui qui voulut « répondre de » tous, des péchés du monde et de la faiblesse humaine, « en prenant sur soi » le poids de toute faute : « qui peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum » [« Il porta nos péchés dans son corps sur la Croix », I Petr., 2, 24] ; « semel oblatus ad multorum exaurienda peccata » [« ayant été offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs », Hébr., 9, 28].

Et même ceux qui ne croient pas ont aujourd’hui la responsabilité de tous et de chaque créature, puisque « homo sum, humani nihil a me alienum puto » : « Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (Térence, Heautontimorumenos, v. 77).