Purisme épistémique et puritanisme doxastique : le pragmatisme, le principe de Clifford et la question de la valeur de la vérité (séminaire du 13 mars 2013)

Au cours de la sixième séance, Benoit Gaultier (Collège de France) est revenu sur la question suivante : « Purisme épistémique et puritanisme doxastique : le pragmatisme, le principe de Clifford et la question de la valeur de la vérité ». Il a rappelé que, selon Russell, le cœur conceptuel du pragmatisme consiste en une combinaison de thèses essentiellement épistémologiques à propos de la nature de la croyance, de l’evidence, de la normativité épistémique, de la vérité et du rôle doxastique des raisons pratiques. C’est dans la critique par William James du principe énoncé par W. Clifford d’après lequel « on a tort, partout et toujours de croire quoi que ce soit sur la base de données insuffisantes » que le pragmatisme révèle le plus clairement sa nature. Mais la discussion, y compris contemporaine, engagée autour du principe de Clifford, repose sur la confusion entre purisme épistémique et puritanisme doxastique. La position défendue par Isaac Levi, pour qui « même si l’on peut établir une opposition forte entre les buts pratiques et les buts théoriques, il n’y a pas de différence entre la rationalité pratique et la rationalité théorique », doit être rejetée, de même que celle soutenue par Peirce dans son article séminal sur la fixation de la croyance (1878), qui est au principe de celle de Levi. La troisième partie de la communication a été consacrée à l’exposé de la position de Gaultier sur la nature de la croyance, et à montrer comment elle peut d’après lui résoudre un certain nombre de questions épistémologiques centrales. La discussion a fait apparaître certains aspects contre-intuitifs de cette position, notamment la thèse selon laquelle croire que p consiste constitutivement à croire que p étant donné une evidence.