L'Europe de la défense

Résumé

L’Europe de la défense est à réinventer. Une double contrainte a en effet limité son développement. La France, d’une part, qui fut dès l’origine porteuse d’une véritable ambition politique pour l’Europe, n’a cessé d’identifier la création d’une Europe de la défense et l’émergence d’une Europe politique ; or cette identification est réductrice, voire fausse. Quant aux partenaires européens, d’autre part, ils n’ont jamais levé le tabou d’une OTAN prioritaire en matière de défense. En refusant l’Europe de la défense, ils rendaient donc de facto caduc, aux yeux des Français, le projet d’Europe politique. Tout est donc à réinventer : la souveraineté et l’autonomie d’une Europe politique incluent évidemment une capacité stratégique, mais elles recouvrent aussi d’autres dimensions, numérique, alimentaire, énergétique, industrielle, sanitaire, etc. À l’heure de la pandémie dans une mondialisation en crise, la défense ne saurait être la seule et unique condition de la souveraineté européenne.

Biographie

Nicole Gnesotto est professeure titulaire de la chaire sur l’Union européenne au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), vice-présidente de l’Institut Jacques Delors et membre du conseil scientifique de la chaire Grands enjeux stratégiques contemporains, à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Agrégée de lettres, Nicole Gnesotto a notamment été cheffe adjointe du centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, directrice de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne de 2001 à 2007, membre de la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale en 2014. Elle a publié « Faut-il enterrer la défense européenne ? », La Documentation française, 2014 ; « Où va le monde ? » avec Pascal Lamy, Odile Jacob, 2017 ; « L’Europe indispensable », CNRS Éditions, 2019.