Le clergé et son habitat – Résumé

Le cas de la prêtresse-entum était particulier : sorte de doublure humaine de Ningal, l’épouse du dieu Nanna, elle habitait le bâtiment qui abritait aussi le temple même de la déesse. Mais il est clair que telle n’était pas la règle générale. Nous avons d’abord étudié le quartier proche du sanctuaire de Nanna, à savoir les sites EH et EM, pour tenter de déterminer quelle proportion de desservants du temple y résidait et quel était le statut du sol dans cette zone.

Le quartier EH fut d’abord fouillé par Taylor en 1854, les tablettes qu’il découvrit ayant été transportées au British Museum. Dans les décennies qui suivirent, des fouilles non contrôlées eurent manifestement lieu au même endroit, les tablettes exhumées ayant été dispersées entre de nombreuses collections. C’est lors de sa quatrième campagne, en 1925-1926, que Woolley reprit la fouille de cette zone. Malheureusement, le secteur était si mal conservé qu’il ne put pas vraiment dégager de plan cohérent, à l’exception d’un temple voué à Nimintabba. La dévotion privée à cette déesse, à l’époque paléo-babylonienne, est assez bien documentée, mais uniquement à Ur, la plupart des témoignages ayant été trouvés dans ce secteur. Il s’agit donc d’un exemple très intéressant de l’enracinement d’un culte spécifique dans un quartier limité. Nimintabba était une déesse gardienne du temple de Nanna ; un temple lui était dévolu en propre à proximité du grand sanctuaire. On voit à quel point la vie des dieux était calquée sur celle des hommes : les portiers du temple, titulaires de prébendes, vivaient eux aussi dans des maisons aux alentours du sanctuaire. Ce quartier EH se poursuivait plus à l’ouest, dans une zone qui fut appelée EM par Woolley ; il y fit un essai à la fin de sa IVe campagne, à proximité de l’endroit déjà sondé avec succès par Hall en 1919, et les résultats encourageants qu’il obtint le décidèrent à poursuivre. Cela fut fait en 1926-1927, lors de la Ve campagne, durant laquelle Woolley dégagea une surface environ 2 800 m2, mettant au jour trois axes de circulation et une quinzaine de maisons. Les archives découvertes montrent qu’ont vécu dans ce quartier plusieurs générations de familles appartenant au clergé de l’Ekišnugal. C’est ainsi qu’au « no 7 Quiet Street » ont successivement habité l’économe (šandabakkum) du temple de Nanna, Ur-Nanna, puis le prêtre-abriqqum Ku-Ningal et ses fils. Ils avaient notamment pour voisin l’administrateur (šatammum) Ela, et un cultivateur du domaine de la déesse Ningal, Sin-ereš. Dans la maison « no 5 Quiet Street » vécut le kišibgallum Šamaš-naṣir. En principe, le terrain était la propriété des familles qui habitaient ces demeures. Un seul exemple montre le temple de Nanna vendre une parcelle dans ce quartier : il s’agit sans doute d’une maison en déshérence. Il faut ajouter que ce quartier n’était pas exclusivement habité par le clergé du temple voisin et inversement que certains membres du personnel du sanctuaire pouvaient habiter ailleurs dans la ville, comme on l’a vu avec Sin-nada.

La seconde partie du cours a mis l’accent sur un groupe particulier au sein du clergé de l’Ekišnugal, celui des personnes qui se définissaient par rapport au dieu Enki-d’Eridu. Le site d’Eridu, très important pour les périodes protohistoriques et encore au IIIe millénaire, avait connu un déclin marqué au début du IIe millénaire ; une inscription de Nur-Adad parlait bien de la reconstruction du sanctuaire, mais jusqu’à présent on n’a retrouvé que fort peu d’éléments datant de cette époque. Or, il se trouve qu’au sein du clergé demeurant à Ur, certains individus se définissaient par rapport au dieu Enki, mais en mentionnant qu’il s’agissait d’« Enki d’Eridu ». Il faut d’emblée souligner l’étrangeté de cette précision : d’habitude, un dieu était nommé seul, même s’il était la divinité poliade d’une ville. On ne désigne par exemple jamais le dieu-Lune comme « Nanna d’Ur » ou « Sin d’Ur ». On a donc recensé les attestations de ces titres et des personnes qui les portaient. On a ensuite étudié en détail le cas de deux familles de purificateurs-abriqqum particulièrement bien connues et dont les membres se revendiquaient comme rattachés à « Enki d’Eridu ». La première famille est celle de Nanna-addani et de son fils E-igidubi-isilim. La fouille de 2017 a fourni une nouvelle attestation de ce dernier (le texte a été étudié en séminaire). La deuxième famille est encore mieux connue : Ku-Ningal et ses cinq fils occupèrent dans le quartier EM la maison « no 7 Quiet Street ». On a retracé leur histoire et exposé la tradition liée aux dieux d’Eridu dont ils étaient les dépositaires. Dans l’onomastique d’Ur, le nom Eridu-liwwir (« Puisse Eridu briller ! ») manifeste l’attachement de ce groupe à une ville qu’il avait dû quitter, mais dont le souvenir se transmettait de génération en génération.