Les divinit├ęs garantes des alliances

L’élément central dans la conclusion des alliances au Proche-Orient ancien était le serment. Et cela au point que le terme pour les désigner était souvent celui de « serment par le dieu » (nîš ilim) ou au pluriel « serment par les dieux » (nîš ilî ou nîš ilâni). Il faut soigneusement distinguer deux types de serments, même si les anciens Mésopotamiens ne faisaient pas explicitement cette distinction : serment purgatoire d’une part, serment promissoire d’autre part. Le serment purgatoire permettait de se disculper d’une accusation ; un tel serment porte donc sur le passé. Accusé d’avoir pillé une ville du royaume de Karana, Išme-Dagan déclara au roi Asqur-Addu avec qui il voulait conclure une alliance :

Ne suis-je pas ton frère ? Moi, je veux bien prêter un serment par le dieu, comme quoi ce n’est pas moi qui ai fait du pillage ! (ARM 26/2 515)

Par un serment promissoire, au contraire, c’est l’avenir qui était engagé. Certains étaient liés à des circonstances précises, mais la majorité ne fait pas référence à des situations particulières. Ils pouvaient être prêtés par des groupes sociaux entiers, ou par des catégories socioprofessionnelles bien délimitées, comme les devins. Les serments prêtés dans le cadre des alliances sont essentiellement des engagements concernant le futur, donc appartenant à la catégorie des serments promissoires. Quelle instance pouvait assurer le respect de la parole donnée dans ce cadre ? En l’absence de toute structure juridique, il s’agissait des dieux.

La garantie divine des serments de fidélité et des serments d’alliance était le fait des dieux des deux parties. Un simple témoin gardait la mémoire de ce qui s’était passé, on pouvait l’interroger sur la façon dont le contrat avait été conclu (si l’argent du prix avait bien été versé, etc.), mais il n’était pas chargé de faire respecter l’accord. Or les dieux n’étaient pas censés être passifs : si la personne qui prêtait serment ne le respectait pas, on attendait des divinités l’envoi d’une sanction. Leur rôle était donc davantage celui de garants que de témoins. La liste des dieux invoqués dans chaque traité reflète généralement le panthéon des deux parties.

Les malédictions qui terminent les textes visaient à obtenir des dieux la punition du parjure. Elles étaient souvent formulées en fonction du domaine de compétence de chaque divinité. De même que dans une prière on pouvait demander à Adad, dieu de l’Orage, des pluies fertilisantes, dans une malédiction il était chargé d’envoyer au parjure les pires calamités météorologiques. Les malédictions pouvaient être proférées par celui qui prêtait serment contre lui-même :

De même qu’Adad tremble (de rage) contre son ennemi, qu’il soit conduit à trembler contre moi et contre ma progéniture et qu’il m’emporte ! Et qu’il emporte la descendance de ma des[cendance] ! (PIHANS 117 LT 2 : vi 5”-8”)

On rencontre ces automalédictions essentiellement dans la première moitié du IIe millénaire.

Les malédictions étaient souvent accompagnées de gestes symboliques, qui sont parfois explicités :

De même que cette cire brûle dans le feu, qu’ainsi brûle Ma[ti’-ilu dans le fe]u ! (Sfiré stèle I A : 37)

Jusqu’à quel point ces précautions étaient-elles efficaces ? Il est bien sûr difficile de sonder les reins et les cœurs. Du moins le rappel des engagements conclus permettait-il souvent aux rois de justifier leur entrée en guerre…