Les citations du Shāhnāme dans l'épigraphie monumentale : un mythe légitimateur dans le monde iranien médiéval Viola Allegranzi (doctorante, « Mondes iranien et indien », CNRS), le 2 juin 2017

Cette présentation se concentre sur l’emploi de vers issus de ou inspirés par le Shāhnāme de Ferdowsi dans le décor épigraphique de bâtiments érigés dans le monde persanophone entre le XIe et le XIIIsiècle de notre ère. On aborde d’abord le phénomène des « généalogies fictives » visant à relier les premières dynasties musulmanes d’Iran aux héros et souverains de la tradition épique iranienne. Nous nous attardons également sur la question de la réception du Shāhnāme, en évoquant le débat autour du discrédit initial du poème. Certains fragments poétiques inscrits dans le palais royal de Ghazni (Afghanistan, début du XIIsiècle) laissent déjà entendre des échos du Shāhnāme, qui se devinent dans des choix de la forme prosodique et de certaines rimes et tournures. Toutefois, il faut attendre le début du XIIIsiècle pour rencontrer des renvois explicites à l’épopée de Ferdowsi en épigraphie monumentale. À cette époque, les Seldjoukides de Rūm s’emparent de plusieurs villes de l’Anatolie et font inscrire sur leurs remparts des vers qui tracent un parallèle entre ces nouveaux conquérants et les plus célèbres monarques de l’Iran ancien. Un phénomène d’appropriation comparable a lieu chez les Mongols ilkhanides, comme le montrent les nombreuses citations du Shāhnāme inscrites sur les carreaux en céramique ornant le palais de ces souverains à Takht-e Soleymān (Iran). Les témoignages évoqués révèlent que les premières reprises du Shāhnāme en épigraphie ne correspondent pas à de simples citations : les vers de Ferdowsi sont rarement transcrits tels que nous les connaissons aujourd’hui, mais semblent avoir subi des adaptations ou des ajouts conçus par les calligraphes ou par leurs mécènes. L’épopée iranienne est ainsi actualisée et investie d’une nouvelle fonction légitimatrice ou d’un propos moralisateur explicite.