Jacques Benoit Chaire d'Histophysiologie (1952-1966)

Hommage

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Notre collègue Jacques Benoit est décédé le 1er décembre 1982, dans sa 86e année. Originaire de Nancy où il naquit le 26 février 1896, il entreprit dans cette ville des études de médecine et de science. Engagé volontaire en août 1914, décoré de la Croix du Combattant Volontaire et de la Croix de la Légion d’Honneur à titre militaire, Jacques Benoit, la guerre finie, acheva ses études à l’Université de Strasbourg où il obtint les titres de Docteur en Médecine en 1925 et de Docteur ès Sciences en 1929.

Dès le début de sa carrière scientifique, il fut l’un des brillants élèves de Pol Bouin, le fondateur d’une prestigieuse école d’Endocrinologie expéri­mentale d’alors à laquelle appartient également notre collègue Robert Courrier.

C’est à l’étude de la physiologie des oiseaux que Jacques Benoit consacra la plus grande partie de son activité de chercheur. Son nom est associé à trois découvertes importantes où il fit œuvre de pionnier.

— Dans le domaine de la biologie cellulaire et de la différenciation du sexe, d’abord, il démontra la bisexualité potentielle des glandes sexuelles des oiseaux, d’une part, la production de l’hormone masculinisante par la cellule interstitielle du testicule d’autre part.

— Mais il fut aussi et surtout un pionnier dans le domaine de la photo­biologie. C’est lui en effet qui démontra le rôle déterminant de l’accrois­sement saisonnier de la longueur des jours dans le mécanisme d’initiation de la période de reproduction chez les oiseaux. Il caractérisa les principales composantes du système physiologique qui sous-tend ce véritable réflexe photosexuel. Deux découvertes majeures sont associées au nom de Jacques Benoit dans ce domaine : celle de l’existence chez les oiseaux de photo­récepteurs non rétiniens, localisés dans des régions très précises du cerveau, et qui constituent le point d’entrée du réflexe indiqué ci-dessus. Celle de l’existence d’un relai neurohumoral entre l’hypothalamus et l’hypophyse dans la réponse hormonale de ce réflexe.

— Il devait s’avérer bientôt que la commande neurohumorale de l’activité hypophysaire représente un mécanisme de portée générale, de sorte que Jacques Benoit est considéré à juste titre comme l’un des fondateurs de la neuroendocrinologie, discipline charnière entre neurosciences et régulations endocriniennes, qui connaît aujourd’hui un essor considérable.
D’ailleurs Jacques Benoit devait fonder en 1967 et présider jusqu’en 1977 la Société de Neuroendocrinologie expérimentale ; il devait aussi participer comme membre fondateur à la Société Internationale de Neuroendocrino­logie.

Jacques Benoit a occupé la chaire d’Histophysiologie du Collège de France de 1952 à 1967. Il était membre de l’Académie des Sciences et de l’Académie de Médecine.

Tous ceux qui l’ont bien connu, et particulièrement les élèves qu’il a formés et qui poursuivent son œuvre dans les voies qu’il a ouvertes, ont été marqués par sa personnalité peu commune et attachante.

François Morel