Catharsis et renouveau

Le milieu des années 1960 voit les manifestations de crise se multiplier. La mort de Le Corbusier en 1965 coïncide avec l’épuisement d’un discours moderne corrompu par les grands ensembles et les rénovations urbaines, alors que l’enseignement de l’École des beaux-arts, timidement réformé, est refusé par de plus en plus d’étudiants. Pendant que se multiplient les entreprises utopiques, l’occupation des Beaux-Arts en mai-juin 1968 précipite la fermeture de la section d’architecture, suivie par la création de nouvelles écoles, où s’élaboreront des pédagogies faisant une large place à la théorie, aux sciences sociales et aux méthodes.

Les professionnels qui refusent à la fois la pratique commerciale ou bureaucratique et l’architecture de papier fondent de nouveaux types de collectifs pluridisciplinaires, comme l’Atelier de Montrouge ou l’Atelier d’urbanisme et d’architecture, dans lesquels les sciences sociales sont bienvenues.

Après le choc de 1968, une nouvelle politique publique se met en place sous le sceau de l’innovation. Elle trouve son terrain privilégié dans les villes nouvelles de la région parisienne, où la préoccupation de l’urbanité se manifeste, et dans des actions comme le Programme architecture nouvelle, qui permet aux jeunes architectes formés dans une perspective critique de trouver leurs premières commandes.

L’architecture française se révèle alors poreuse à des contributions des plus contradictoires – de l’alternative écologique des communautés de la côte ouest des États-Unis à la typo-morphologie italienne, pendant que les agences des municipalités britanniques fascinent les tenants des ateliers publics.