Réforme sociale et modernité

Entre 1918 et 1940, si les démarches nouvelles trouvent un écho limité dans une certaine commande privée, des politiques publiques d’une ampleur nouvelle leur ouvrent un champ plus vaste, dans le contexte d’une urbanisation assez rapide. Plusieurs dirigeants politiques radicaux, socialistes ou communistes, considèrent que l’architecture moderne représente à la fois le moyen d’une réponse adéquate à leurs programmes sociaux et le vecteur d’une stratégie de communication et de persuasion.

Les périphéries des grandes villes voient ainsi apparaître des cités-jardins que des financements publics significatifs, en tout cas avant la crise de 1929 et ses conséquences parfois tardives, permettront de transformer en ensembles d’habitation en rupture avec leur cadre pittoresque. De Villeurbanne à Drancy, ces ensembles assurent l’acclimatation des gratte-ciel américains, alors que les hypothèses avancées pour leur utilisation dans le centre de Paris ou à la Défense s’avèrent infructueuses.

Au contact de programmes publics comme les écoles, les mairies, ou encore les marchés, dans les villes, et des sanatoriums, sur les pentes des montagnes, de nouveaux types d’édifices sont élaborés, cristallisant des aspirations monumentales qui échappent aux stéréotypes académiques. L’aspiration hygiéniste au soleil et à la ventilation traverse à la fois les programmes éducatifs et les programmes sanitaires, aboutissant à une architecture plus ouverte et plus légère.

L’essor de l’automobile et de l’aéronautique conduit à la production d’un réseau d’usines, de garages ou d’aérodromes, mais surtout stimule la recherche d’une architecture métallique légère qu’Eugène Beaudouin, Marcel Lods, Vladimir Bodiansky et Jean Prouvé sauront porter à un haut degré de raffinement.