Babel sur le Nil (2) : multilinguisme et multiculturalisme dans l'Égypte de l'Antiquité tardive

Nous continuons l’examen des plus anciens textes écrits en copte (IIIe/début IVe s.) avec un glossaire fondé sur le texte grec des livres des prophètes mineurs Osée et Amos (le papyrus du British Museum EA 10825), un ensemble de gloses à une autre édition grecque des écrits des prophètes mineurs (Freer Manuscript V), ainsi que des traductions coptes, non seulement de textes bibliques (la tablette de la Bodléienne Greek Inscr. 3019 et le Papyrus Hambourg bilingue 1), mais aussi d’une production liturgique locale (Papyrus Kiseleff 3). Trois des six témoignages les plus anciens de traductions de textes chrétiens en version monolingue font aussi l’objet d’une analyse : l’un est un fragment de codex contenant Job (le papyrus du Michigan inv. 5421), dont la provenance (Karanis, dans le Fayoum) et la datation (fin du IIIe/début du IVe s.) sont, pour une fois, assurées par le contexte archéologique de sa découverte, tandis que les deux autres, les Papyrus Bodmer VI et Papyrus Chester Beatty AC 1390, appartiennent à la fameuse « Bibliothèque Bodmer » retrouvée clandestinement, dans la seconde moitié des années 1950, près de Dishna (Haute-Égypte).

Cet examen des plus anciens textes coptes nous permet de conclure que, malgré les datations assez généreuses de leurs éditeurs, peu d’entre eux ont quelques chances d’être datés du IIIe s. Ceux-ci sont caractérisés par une orthographe fluctuante du fait du recours à des alphabets très divers (tantôt sans lettres supplémentaires, tantôt avec des lettres en nombre variable, parfois même avec des lettres propres au vieux-copte qui ne survivront pas dans le copte postérieur). Cette forme très bigarrée et hétérogène témoigne d’une absence de standardisation dans les tentatives développées par les chrétiens de rendre la langue égyptienne avec une écriture alphabétique.