Babel sur le Nil (2) : multilinguisme et multiculturalisme dans l'Égypte de l'Antiquité tardive

Nous continuons l’examen des plus anciens ensembles documentaires gréco-coptes. Cinq dossiers datés du IVe siècle font l’objet d’une analyse : les archives d’Apa Paieous et celles de son successeur Nepherôs, provenant du monastère mélitien d’Hathôr ; l’ensemble des lettres grecques et coptes récupérées dans les reliures des codices gnostiques de Nag Hammadi ; la documentation, encore partiellement inédite, de Douch et d’Aïn Waqfa, dans l’Oasis de Khargah, et surtout celle, bien plus abondante, de Kellis, dans l’Oasis de Dakhlah, qui a la spécificité d’émaner de cercles se réclamant du manichéisme, ce qui en fait le premier ensemble documentant massivement des milieux non monastiques. Il ressort de cet examen que les acteurs de plusieurs dossiers, en particulier ceux du monastère d’Hathôr et de Kellis, étaient bilingues, parfois imparfaitement, et qu’ils étaient capables de passer d’une langue à l’autre, sans qu’on puisse toujours en déterminer les raisons. On devine néanmoins une forme de spécialisation des langues suivant la typologie des documents et le sexe des scripteurs : si le grec constitue la langue exclusive des textes de la sphère publique, dont les documents juridiques et administratifs, le copte, en revanche, est de loin la langue la plus usitée dans les échanges privés ; de même commence-t-on à voir des femmes s’exprimer préférentiellement en copte, ce que la documentation des siècles suivants ne fera que confirmer.